Je me suis réveillé avant mon réveil.
Pendant quelques secondes, je n’ai pas compris pourquoi j’étais aussi nerveux.
Puis j’ai regardé l’heure.
Le 24 décembre.
Neuf heures n’étaient pas encore passées.
À dix heures, je devais retrouver Camille.
Lucas.
Emma.
J’avais passé une mauvaise nuit.
Je m’étais endormi tard.
Je repensais à Sophie.
À la lettre.
Aux paroles que j’avais entendues dans la salle de réunion.
Mais au réveil, ce n’était plus cette conversation qui occupait mes pensées.
C’était le petit déjeuner.
Un simple petit déjeuner.
Je n’avais jamais autant redouté un rendez-vous aussi ordinaire.
J’avais négocié avec des dirigeants exigeants.
Présenté des projets devant des investisseurs.
Affronté des réunions où une seule erreur pouvait coûter très cher.
Je connaissais la pression.
Mais cette fois, je n’avais aucun dossier pour me préparer.
Aucune présentation.
Aucun argument.
Je devais simplement rencontrer mes enfants.
Et essayer de ne pas les mettre mal à l’aise.
Je me suis levé.
J’ai pris une douche.
J’ai enfilé une chemise propre.
Puis je me suis regardé dans le miroir.
J’avais l’air d’un homme prêt à partir travailler.
C’était presque ridicule.
J’allais rencontrer deux enfants de presque trois ans.
Je ne savais pas comment me comporter avec eux.
Je ne savais pas s’ils se souviendraient de moi.
Je ne savais pas si Emma accepterait seulement de m’approcher.
Je me suis souvenu de ce que Camille m’avait dit.
Il ne fallait pas leur annoncer immédiatement que j’étais leur père.
Ils avaient besoin de temps.
Je devais respecter cela.
J’ai regardé mon téléphone.
Aucun message de Camille.
Le rendez-vous tenait toujours.
J’ai ressenti un soulagement que je n’aurais pas su expliquer.
Je suis sorti de l’hôtel.
Je voulais arriver avec quelque chose à partager.
Pas pour impressionner les enfants.
Pas pour acheter leur affection.
Simplement parce que j’avais du mal à me présenter les mains vides.
Je me suis arrêté pour prendre des viennoiseries.
Des croissants.
Des pains au chocolat.
J’ai demandé qu’on les emballe soigneusement.
Puis j’ai pensé à Lucas.
À son cahier.
À son crayon bleu.
Je me suis souvenu de son rire lorsque j’avais dessiné ce dinosaure trop petit.
J’ai acheté deux petits cahiers de coloriage.
Un pour Lucas.
Un pour Emma.
Je les ai regardés pendant quelques secondes.
Je ne savais pas si c’était une bonne idée.
Peut-être qu’ils en avaient déjà beaucoup.
Peut-être qu’ils n’en voudraient pas.
Mais ce n’était pas important.
J’avais surtout envie de leur montrer que je me souvenais de notre rencontre.
À neuf heures cinquante-cinq, je me trouvais devant la porte de Thomas.
J’avais vérifié l’heure plusieurs fois.
Je ne voulais surtout pas être en retard.
Camille m’avait demandé de ne pas faire de promesses impossibles à tenir.
La première chose que je pouvais faire était d’honorer ce rendez-vous.
J’ai sonné.
J’ai entendu du mouvement à l’intérieur.
Des pas.
Puis une voix d’enfant.
Mon cœur s’est accéléré.
La porte s’est ouverte.
Camille se tenait devant moi.
Elle portait des vêtements simples.
Elle avait les cheveux attachés.
Je l’ai regardée quelques secondes.
Je connaissais ce visage.
Pendant six ans, j’avais partagé sa vie.
Et pourtant, je me rendais compte que je ne savais plus grand-chose de ses journées.
Elle a regardé l’heure.
Puis le sac que je tenais.
« Tu es déjà là. »
J’ai essayé de sourire.
« Tu m’avais donné rendez-vous à dix heures. »
Elle a légèrement souri.
« Oui. Entre. »
Je suis entré.
La maison était calme.
J’ai entendu des voix plus loin.
Puis des petits pas rapides.
Lucas est apparu dans l’entrée.
Il portait des vêtements confortables.
Ses cheveux étaient encore un peu en désordre.
Il m’a reconnu.
Son visage s’est éclairé.
« Le monsieur qui dessine les dinosaures ! »
Je me suis accroupi.
« Bonjour, Lucas. »
Il s’est approché.
« Tu es venu ! »
Ces trois mots m’ont serré le cœur.
Pour lui, ma présence était une surprise agréable.
Pour moi, elle représentait quelque chose de bien plus grand.
Je lui ai montré le sac.
« J’ai apporté quelque chose pour le petit déjeuner. »
Il a essayé de regarder à l’intérieur.
Camille a posé doucement une main sur son épaule.
« On va d’abord dire bonjour correctement. »
Lucas m’a souri.
J’ai souri à mon tour.
Emma se tenait derrière sa mère.
Elle avait son mouton en peluche dans les bras.
Je me suis tourné vers elle.
« Bonjour, Emma. »
Elle n’a pas répondu.
Elle a caché une partie de son visage contre Camille.
Je n’ai pas essayé de m’approcher davantage.
Je me souvenais de la manière dont elle m’avait regardé dans l’avion.
Elle était curieuse.
Mais prudente.
Je ne voulais pas la brusquer.
« Joyeux Noël à vous deux », ai-je dit doucement.
Lucas a immédiatement voulu savoir si les cahiers étaient pour lui.
Je les ai sortis.
Je lui ai montré le sien.
Puis celui d’Emma.
Elle a regardé la couverture.
Elle n’a pas avancé.
Camille a pris le cahier et le lui a présenté.
Emma l’a accepté.
Elle a regardé les pages.
Puis elle est repartie avec son mouton.
Je n’ai pas été déçu.
Je savais que je devais attendre.
Thomas est apparu quelques instants plus tard.
Il m’a salué poliment.
Sans chaleur particulière.
Je ne lui en voulais pas.
Il avait des raisons d’être méfiant.
Je connaissais la place qu’il occupait auprès de Camille et des enfants.
Il les avait accompagnés pendant les années où je n’étais pas là.
Je n’allais pas arriver un matin de décembre et prétendre que tout pouvait recommencer comme avant.
Nous nous sommes installés pour le petit déjeuner.
Camille a disposé les viennoiseries sur la table.
Lucas a voulu choisir un pain au chocolat.
Emma est restée près de sa mère.
Je me suis assis à une place qu’on m’avait indiquée.
Je faisais attention à mes gestes.
À ma voix.
À mes questions.
J’avais peur de paraître trop pressé.
Ou trop distant.
Je ne savais pas quel équilibre trouver.
Lucas m’a parlé de son dessin.
Il voulait savoir si je pouvais refaire le dinosaure de l’avion.
J’ai répondu que je pourrais essayer après le petit déjeuner.
Il a ri.
« Mais avec des grandes pattes ! »
J’ai souri.
« Je vais faire de mon mieux. »
Camille nous regardait.
Je n’arrivais pas à savoir ce qu’elle pensait.
Peut-être qu’elle se souvenait de nos anciennes conversations sur la famille.
De mon impatience.
De mes refus.
Peut-être qu’elle se demandait si j’allais vraiment tenir parole.
Je ne pouvais pas lui demander de me faire confiance tout de suite.
Thomas a bu une gorgée de café.
Puis il a posé sa tasse.
« Antoine, est-ce que tu réalises ce que Camille a traversé ? »
La table est devenue silencieuse.
Je l’ai regardé.
« Pas entièrement. »
Il a gardé les yeux sur moi.
« Elle a passé des nuits sans dormir. »
Je n’ai rien dit.
« Elle a continué à travailler jusqu’à la fin de sa grossesse. »
J’ai baissé les yeux.
Je pensais à Camille devant l’accueil de mon entreprise.
Enceinte de sept mois.
Avec sa lettre.
Thomas a poursuivi.
« Notre mère l’a aidée quand elle a dû reprendre ses missions. »
Je ne connaissais pas ces détails.
Ou plutôt, je les avais ignorés jusqu’à présent.
Je savais que Camille n’avait pas eu une vie facile.
Mais j’avais besoin d’entendre ce qu’elle avait réellement traversé.
Thomas m’a regardé avec une froideur que je comprenais.
« Et pendant ce temps, tu étais où ? »
Je n’ai pas cherché une réponse compliquée.
« Je travaillais. »
Le mot m’a paru misérable.
Il était vrai.
Mais il ne suffisait pas.
« Je travaillais et je pensais avoir raison de ne plus regarder en arrière. »
Thomas a détourné les yeux.
J’ai continué.
« J’avais tort. »
Je ne voulais pas que mes excuses deviennent une manière de demander immédiatement son pardon.
Je voulais seulement reconnaître les faits.
Thomas a regardé les viennoiseries.
Puis les cahiers.
« Tout ça ne remplacera pas les années où tu n’étais pas là. »
Je me suis senti rougir.
Je comprenais pourquoi il disait cela.
Il ne voulait pas que je transforme cette rencontre en une visite de générosité.
Je me suis redressé.
« Je le sais. »
Il a attendu.
« Je ne suis pas venu pour qu’ils m’aiment parce que j’ai apporté quelque chose. »
J’ai regardé Lucas.
Il était occupé avec son petit déjeuner.
Emma observait son cahier.
« Je voudrais simplement apprendre à les connaître. »
Camille a levé les yeux.
Je me suis tourné vers elle.
« Si tu acceptes de me laisser le faire. »
Elle n’a pas répondu immédiatement.
Thomas a baissé la tête.
Le silence a duré quelques secondes.
Puis Lucas m’a demandé si les dinosaures pouvaient manger des pains au chocolat.
J’ai regardé son visage sérieux.
J’ai répondu que je n’en savais rien.
Il a éclaté de rire.
La conversation a changé.
Pas parce que tout était réglé.
Mais parce que les enfants continuaient leur journée.
Ils n’avaient pas demandé à assister aux regrets des adultes.
Ils voulaient manger.
Jouer.
Dessiner.
J’ai compris que c’était peut-être là que je devais commencer.
Pas par de grandes promesses.
Pas par des explications qu’ils étaient trop petits pour comprendre.
Par un petit déjeuner.
Un cahier.
Un dinosaure.
Et ma présence, à l’heure prévue.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 8 : En construisant un train avec Lucas et en apprivoisant la méfiance d’Emma, j’ai découvert la vie que mes enfants menaient sans moi
Je croyais avoir laissé mon ancienne vie derrière moi, jusqu’au moment où un enfant inconnu m’a posé une question impossible à oublier
Part 7 of 15
