Le lendemain matin, Igor s'était comporté comme si notre discussion n'avait été qu'une mauvaise soirée.
Je l'avais compris avant même qu'il ouvre la bouche.
Il s'était levé.
Il avait consulté son téléphone.
Puis il s'était dirigé vers la cuisine.
Moi, j'avais déjà cessé d'espérer une excuse immédiate.
Je m'étais préparé à manger sans lui adresser la parole.
Nous avions pris notre petit-déjeuner dans un silence inconfortable.
Les cuillères faisaient un bruit anormalement fort contre les tasses.
Je regardais mon assiette.
Igor consultait de temps en temps son écran.
Il cherchait probablement comment reprendre une conversation ordinaire.
Mais je n'avais rien d'ordinaire à lui dire.
J'attendais qu'il revienne sur sa décision.
Il ne l'avait pas fait.
« Tu as bien dormi ? » avait-il demandé.
« Non. »
Il avait hoché la tête.
Puis il avait mangé quelques bouchées.
« Tu travailles aujourd'hui ? »
Je lui avais répondu brièvement.
Il n'avait pas insisté.
J'avais senti qu'il commençait à se vexer de mon silence.
Comme si c'était moi qui avais créé cette situation.
Je savais pourtant que parler davantage ne servirait à rien.
La veille, j'avais tout expliqué.
J'avais donné des exemples.
J'avais essayé de lui faire comprendre ma fatigue.
Puis j'avais annoncé clairement la conséquence de son choix.
Je n'avais plus rien à ajouter.
Après le petit-déjeuner, il était retourné dans la chambre.
J'avais entendu les portes du placard.
Puis le bruit d'une fermeture éclair.
Je m'étais immobilisée dans le couloir.
Il préparait son sac.
Je n'avais pas besoin d'entrer pour le savoir.
Quand je m'étais approchée, je l'avais trouvé devant notre lit.
Son sac de sport était ouvert.
Il y avait déjà placé des jeans.
Quelques tee-shirts.
Un pull.
Il avait déplacé les vêtements pour faire de la place.
Ses gestes étaient tranquilles.
Presque appliqués.
C'était cela qui me faisait le plus mal.
Il ne partait pas dans un accès de colère.
Il ne cherchait pas à provoquer une nouvelle dispute.
Il faisait simplement ce qu'il avait prévu.
Comme si ma décision annoncée la veille n'avait aucune réalité.
Je m'étais appuyée contre l'encadrement de la porte.
Il avait levé les yeux.
« Quoi ? »
Je n'avais pas répondu.
Il avait regardé son sac.
Puis moi.
« Léna, on ne va pas recommencer. »
J'avais senti un épuisement profond.
« Je ne recommence rien. »
Il avait soupiré.
« Je vais seulement passer quelques jours avec les garçons. »
Je connaissais cette phrase.
Elle revenait sans cesse.
Seulement quelques jours.
Seulement sa mère.
Seulement des conseils.
Seulement des petites choses.
Chaque mot diminuait ce que je ressentais.
J'avais regardé ses vêtements.
Il continuait à les ranger.
Je m'étais alors rendu compte que je ne pouvais pas prendre sa décision à sa place.
Je ne voulais pas le supplier.
Je ne voulais pas cacher son sac.
Je ne voulais pas lui barrer la porte.
Je voulais simplement qu'il choisisse en sachant ce qui était en jeu.
« Tu sais ce que je t'ai dit hier », avais-je murmuré.
Il avait arrêté son geste.
« Je sais. »
« Et tu pars quand même. »
Il n'avait pas immédiatement répondu.
Puis il avait refermé son sac.
« Tu verras les choses autrement quand tu seras reposée. »
Cette réponse avait suffi.
Il ne me croyait toujours pas.
Je m'étais écartée de la porte.
Je n'avais plus envie de discuter.
Le reste de la matinée avait été pénible.
Nous nous croisions dans l'appartement sans vraiment nous regarder.
Il vérifiait ses affaires.
Je rangeais quelques objets.
De temps en temps, il tentait une remarque banale.
Je répondais lorsqu'il posait une question précise.
Sinon, je gardais le silence.
Je n'avais pas cherché à le punir.
Je n'avais simplement plus la force de répéter les mêmes mots.
À un moment, je m'étais arrêtée devant la bibliothèque.
Je m'étais souvenue de Tamara Vassilievna déplaçant tous mes livres.
Elle avait été si satisfaite de son travail.
Elle m'avait expliqué que les couvertures formaient maintenant un ensemble agréable.
Je lui avais demandé où se trouvaient certains romans.
Elle m'avait répondu que je n'avais qu'à regarder les couleurs.
À l'époque, j'avais fini par remettre les ouvrages à leur place après son départ.
Sans bruit.
Sans plainte supplémentaire.
Je m'étais dit que cela ne valait pas une dispute.
Je comprenais maintenant que j'avais trop souvent raisonné ainsi.
Une fois, ce n'était rien.
Deux fois, je pouvais encore accepter.
Mais à force, j'avais commencé à me sentir étrangère chez moi.
Et Igor ne s'en était pas aperçu.
Ou il avait préféré ne pas s'en apercevoir.
Lorsque le moment de partir était arrivé, je m'étais tenue près de la cuisine.
Il avait enfilé ses chaussures dans l'entrée.
Son sac attendait à côté de lui.
Il avait vérifié son téléphone.
Puis il s'était tourné vers moi.
« Je t'appellerai ce soir. »
J'avais gardé les bras le long du corps.
Il avait tenté de sourire.
« Ne reste pas fâchée pendant toute la journée. »
Je l'avais regardé sans parler.
Il avait poursuivi.
« Accueille maman correctement, d'accord ? Elle a fait le déplacement pour nous voir. »
Cette phrase m'avait presque coupé le souffle.
Il partait.
Il savait que sa mère allait arriver.
Et ce qui le préoccupait encore, c'était la qualité de mon accueil.
Pas ce que je ressentais.
Pas ce que j'avais dit.
Son inquiétude portait sur le confort de tout le monde, sauf le mien.
« Je rentrerai rapidement », avait-il ajouté. « Tu verras, ces trois jours passeront vite. »
J'avais baissé les yeux vers son sac.
Il semblait si ordinaire.
Un simple sac de sport.
Quelques vêtements.
Rien qui ressemble à une décision capable de briser un mariage.
Pourtant, je savais exactement ce que ce départ représentait.
Igor avait posé la main sur la poignée.
Je m'étais obligée à parler calmement.
« Tu pourras revenir prendre tes autres affaires. »
Il s'était figé.
Pendant une seconde, j'avais cru qu'il allait se retourner complètement.
Peut-être poser son sac.
Peut-être me demander si je pensais réellement ce que je disais.
Mais il avait seulement secoué la tête.
Il semblait contrarié.
Puis il avait ouvert la porte.
Et il était sorti.
Sans m'embrasser.
Sans revenir sur notre conversation.
Je l'avais entendu descendre l'escalier.
Ses pas s'étaient éloignés.
Puis plus rien.
J'étais restée dans l'entrée.
La porte fermée devant moi.
Je ne ressentais aucune satisfaction.
Je n'avais pas gagné quoi que ce soit.
Je venais simplement de découvrir que mon mari préférait croire à une colère passagère plutôt que de prendre au sérieux mon avertissement.
J'étais retournée au salon.
La chemise attendait encore sur la table basse.
J'avais regardé le bouton.
Il semblait presque absurde que cet objet soit resté là au milieu de tout ce désordre.
J'avais voulu le ranger.
Puis j'avais renoncé.
Je n'arrivais plus à me concentrer sur ces petites tâches.
Je savais que Tamara Vassilievna allait bientôt sonner.
Je n'avais aucune envie de lui ouvrir.
Pourtant, elle n'était pas responsable du choix qu'Igor venait de faire.
Il l'avait invitée.
Il avait choisi de partir.
Et il m'avait laissée gérer la situation.
J'avais passé quelques minutes à regarder autour de moi.
Le salon était propre.
La cuisine aussi.
La bibliothèque était rangée à ma façon.
La bouilloire se trouvait exactement où je voulais.
Je savais pourtant qu'aucun de ces détails ne resterait à l'abri des remarques de ma belle-mère.
Moins d'une heure après le départ d'Igor, la sonnette avait retenti.
J'avais fermé les yeux.
J'avais compté lentement jusqu'à dix.
Puis j'étais allée ouvrir.
Tamara Vassilievna se tenait sur le palier.
Elle avait les joues roses.
Son visage affichait un grand sourire.
Elle portait deux sacs énormes, visiblement très lourds.
« Lénotchka ! Enfin ! »
Elle s'était avancée avec enthousiasme.
« J'ai apporté tellement de bonnes choses ! Tu vas voir ! »
Je m'étais écartée pour la laisser entrer.
« Bonjour, Tamara Vassilievna. Vous avez fait bon voyage ? »
« Oh, le voyage s'est bien passé. Mais ces sacs ! Quelle histoire ! »
Elle était déjà dans le couloir.
Avant même d'avoir retiré son manteau, elle m'avait observée attentivement.
« Tu as mauvaise mine, ma petite. Tu dors suffisamment ? »
Je n'avais pas répondu tout de suite.
Elle avait continué.
« Tu travailles trop, sûrement. Ou alors Igor te donne beaucoup de soucis. »
J'avais regardé ses sacs posés sur le sol.
Je savais ce qui allait suivre.
Et je ne m'étais pas trompée.
« Maintenant que je suis là, on va pouvoir remettre un peu d'ordre dans tout ça. »
Elle avait promené son regard autour d'elle.
Puis ses yeux s'étaient arrêtés sur un meuble de l'entrée.
« Il y a un peu de poussière ici. Je passerai un chiffon tout à l'heure. »
Elle avait dit cela avec une douceur presque affectueuse.
Comme si elle venait de me rendre un grand service.
Je m'étais contentée d'un sourire forcé.
Elle avait retiré son manteau.
Puis elle avait demandé :
« Où est mon Igorek ? Il est au bureau ? »
J'avais pris une inspiration.
« Non. Il est parti retrouver ses amis pour un enterrement de vie de garçon. »
Elle s'était arrêtée.
« Comment ça, parti ? »
« Il sera absent pendant trois jours. »
Son visage avait changé.
La surprise avait laissé place à une contrariété visible.
« Il est parti alors que j'arrivais ? »
« Oui. »
Elle avait secoué la tête.
« Ce garçon ne réfléchit donc jamais ! »
J'avais observé sa réaction.
Pour une fois, nous semblions presque partager le même avis.
Mais je n'avais rien dit.
Elle avait repris :
« Ce n'est pas correct de laisser sa femme seule avec toute la maison à gérer. Je lui dirai ce que j'en pense. »
J'avais hésité à répondre.
J'aurais pu lui expliquer notre dispute.
Lui dire qu'Igor connaissait parfaitement mon désaccord.
Lui raconter ma décision.
Mais je savais qu'une telle conversation ne ferait qu'ouvrir la porte à davantage d'interventions.
Et je n'avais plus la force d'entendre des conseils sur mon mariage.
Je lui avais simplement montré le salon.
« Vous pouvez poser vos affaires ici. »
Elle m'avait suivie.
Pendant quelques secondes, elle avait regardé autour d'elle.
Puis son attention s'était fixée sur ma bibliothèque.
J'avais immédiatement senti mon estomac se contracter.
« Léna, pourquoi tes livres sont-ils rangés de cette façon ? »
Je n'avais pas bougé.
« Ils sont classés par auteur. »
Elle avait penché la tête.
« Ce n'est vraiment pas très pratique. Tu pourrais les disposer selon leur format. Ce serait plus propre à regarder. »
Je connaissais la suite.
Elle allait proposer de recommencer.
Peut-être même le faire sans attendre ma réponse.
Alors je l'avais interrompue.
« Vous prendrez bien un thé après votre voyage ? »
Son expression s'était adoucie.
« Avec plaisir, ma chérie. »
J'avais commencé à me diriger vers la cuisine.
Mais elle m'avait immédiatement emboîté le pas.
Et avant même que je remplisse la bouilloire, elle avait trouvé une nouvelle chose à corriger.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : Ma belle-mère venait à peine d’arriver qu’elle inspectait déjà chaque détail de ma maison, et je sentais ma patience m’abandonner
Mon mari venait de m’annoncer la visite de sa mère quand un appel de son meilleur ami a tout fait basculer
Part 3 of 12
