PARTIE 4 – Ma belle-mère venait à peine d’arriver qu’elle inspectait déjà chaque détail de ma maison, et je sentais ma patience m’abandonner

Je savais que cette visite serait difficile.

Mais je n'avais pas imaginé que les remarques commenceraient aussi rapidement.

Tamara Vassilievna était entrée dans la cuisine derrière moi.

Elle avait posé son sac sur une chaise.

Puis elle avait regardé les placards.

La bouilloire.

L'évier.

Les tasses.

Je connaissais ce regard.

Elle ne cherchait pas seulement où se trouvait quelque chose.

Elle évaluait.

Elle comparait.

Elle décidait déjà ce qu'elle aurait fait autrement.

« Tu vas préparer le thé dans cette théière ? »

J'avais acquiescé.

« Oui. »

« Alors pense à la réchauffer avec de l'eau très chaude avant. Sinon, le thé perd son arôme. »

J'avais pris la théière.

« D'accord. »

Elle avait semblé satisfaite.

Pendant quelques secondes.

Puis elle avait ouvert le placard des tasses.

« Oh, celles-ci sont jolies. »

J'avais presque été soulagée.

Enfin un compliment.

Mais elle avait pris une tasse décorée de fleurs et l'avait approchée de la lumière.

« Seulement, les motifs comme ça sont peu pratiques. »

Je m'étais tournée vers elle.

« Pourquoi ? »

« Ils finissent toujours par s'abîmer. Et on ne sait jamais ce que contiennent les peintures. »

Elle avait reposé la tasse.

« Les modèles blancs sont plus sûrs. Et beaucoup plus faciles à entretenir. »

J'avais regardé mon service.

Je l'aimais.

Je l'avais choisi parce que ces petites fleurs me plaisaient.

Je n'avais jamais eu l'impression qu'une tasse devait ressembler à celle d'un hôpital pour être convenable.

Mais je n'avais pas envie de commencer une discussion.

J'avais sorti d'autres tasses.

Des modèles simples.

Tamara Vassilievna avait observé mon geste avec satisfaction.

« Voilà. C'est beaucoup mieux. »

Je m'étais concentrée sur l'eau qui chauffait.

Je voulais que le thé soit prêt.

Je voulais qu'elle s'installe.

Je voulais quelques minutes de silence.

Mais elle avait déjà ouvert le réfrigérateur.

J'avais entendu le bruit de la porte.

Puis un petit soupir.

« Léna, qu'est-ce que c'est que cette charcuterie ? »

Je m'étais retournée.

Elle tenait l'emballage dans sa main.

« De la saucisse », avais-je répondu.

Elle avait examiné l'étiquette.

« Elle est bien pâle. À mon avis, ils mettent toutes sortes de choses là-dedans. »

Je n'avais pas répondu.

« Igor n'a jamais aimé les produits de mauvaise qualité. »

J'avais senti ma mâchoire se contracter.

C'était moi qui faisais habituellement les courses.

Je savais ce qu'Igor aimait manger.

Il ne s'était jamais plaint de cette saucisse.

Mais sa mère semblait déjà convaincue que je choisissais mal.

Elle avait reposé l'emballage.

Puis elle avait aperçu le fromage.

« Et ça ? »

J'avais fermé les yeux une seconde.

« Du fromage. »

« Il y a des taches dessus. Il est encore bon ? »

« C'est un fromage à moisissure. C'est normal. »

Elle l'avait regardé avec méfiance.

« Tout ça doit coûter cher. »

J'avais gardé le silence.

« Chez nous, un bon Poshekhonsky fait parfaitement l'affaire. C'est bien meilleur que ces produits importés. »

Elle avait refermé le réfrigérateur.

Puis elle s'était tournée vers moi.

« Demain, j'irai au marché. Je prendrai des aliments convenables pour mon fils. »

Mon fils.

Elle revenait souvent à cette expression.

Comme si Igor n'était pas un homme marié capable de choisir son propre dîner.

Comme si je n'étais qu'une personne chargée temporairement de s'occuper de lui.

Je m'étais obligée à conserver un ton poli.

« Nous avons déjà de quoi manger, Tamara Vassilievna. »

Elle avait souri.

« Bien sûr, ma petite. Mais il faut parfois varier. »

J'avais servi le thé.

Mes mains étaient un peu moins stables qu'à son arrivée.

Nous nous étions installées dans le salon.

J'avais espéré que le voyage l'avait fatiguée.

Qu'elle boirait sa tasse tranquillement.

Peut-être qu'elle se reposerait.

Mais Tamara Vassilievna semblait avoir une énergie inépuisable.

Elle avait commencé à parler de sa maison.

Puis de ses voisins.

Puis des problèmes de santé de plusieurs personnes vivant près de sa datcha.

Je hochais la tête de temps en temps.

Je posais une question lorsqu'elle semblait attendre une réponse.

Mais je sentais déjà cette fatigue particulière revenir.

Celle que je connaissais après chacune de ses visites.

Ce n'était pas seulement la quantité de paroles.

C'était l'impossibilité de me détendre.

À tout moment, une remarque pouvait tomber.

Sur ma façon de m'habiller.

Sur la poussière.

Sur la nourriture.

Sur Igor.

Sur ce que je devrais faire pour être une meilleure épouse.

En fin d'après-midi, elle avait remarqué les produits de lessive.

Je ne savais même pas pourquoi elle avait commencé à les examiner.

Mais elle avait pris l'un des flacons et l'avait longuement regardé.

« Tout ça, c'est plein de produits chimiques. »

J'avais répondu doucement :

« Ça lave bien. »

« Peut-être, mais le savon d'autrefois était bien plus sain. On n'avait pas besoin de toutes ces bouteilles. »

J'avais simplement acquiescé.

Elle avait interprété mon silence comme une invitation à continuer.

Elle m'avait expliqué comment on lavait autrefois les vêtements.

Comment il fallait les faire tremper.

Comment les tissus restaient propres plus longtemps.

Je l'avais écoutée sans l'interrompre.

Je savais qu'elle croyait sincèrement connaître les meilleures méthodes.

Mais je ne comprenais pas pourquoi elle ne pouvait pas admettre que je puisse en préférer d'autres.

Plus tard, j'avais allumé la télévision.

Une série passait.

Je ne cherchais même pas vraiment à la suivre.

Je voulais seulement entendre une autre voix que celle de ma belle-mère.

Tamara Vassilievna avait regardé l'écran quelques secondes.

Puis elle avait soupiré.

« Tu regardes ce genre de programme ? »

Je m'étais tournée vers elle.

« Parfois. »

Elle avait secoué la tête.

« Ces histoires ne servent à rien. Tu ferais mieux de lire un bon livre classique. »

J'avais presque regardé ma bibliothèque.

Celle qu'elle voulait déjà réorganiser.

J'avais trouvé l'ironie amère.

Elle me conseillait de lire davantage.

Mais elle ne respectait même pas la manière dont je conservais mes livres.

Je m'étais contentée de baisser un peu le son.

Le soir avançait lentement.

Igor n'était pas là.

Son absence se faisait sentir dans chaque pièce.

Non parce que je ne savais pas vivre sans lui.

Mais parce que toute cette visite avait été organisée autour de lui.

Sa mère était venue pour voir son fils.

Et son fils était parti s'amuser ailleurs.

Il ne me restait que la responsabilité de recevoir une personne qui jugeait presque chacun de mes gestes.

Je pensais à notre dispute.

À la façon dont il avait refermé son ordinateur.

À son sourire lorsqu'il avait accepté l'invitation de Vitya.

À ce sac de sport qu'il avait préparé malgré mon avertissement.

Je me demandais s'il pensait encore que j'allais simplement me calmer.

Probablement.

C'était ce qu'il attendait toujours.

Quand je protestais contre sa mère, il suffisait que le temps passe.

Je finissais par me taire.

Et il considérait que le problème était réglé.

Cette fois, je ne savais pas encore exactement comment les choses se termineraient.

Mais je savais que je ne voulais plus retrouver notre ancienne façon de vivre.

Tamara Vassilievna continuait à parler.

Elle me racontait maintenant les difficultés d'une voisine.

Puis les conseils qu'elle lui avait donnés.

Puis les raisons pour lesquelles cette voisine aurait dû l'écouter.

Chaque histoire aboutissait au même résultat.

Tamara Vassilievna avait raison.

Les autres auraient dû suivre son avis.

Je me sentais de plus en plus absente.

Mon corps était assis sur le canapé.

Mais mon esprit cherchait un endroit tranquille.

Une pièce dans laquelle personne ne viendrait me corriger.

Je n'avais même plus envie d'argumenter.

Cela me faisait peur.

Parce que je savais que mon silence n'était plus de la patience.

C'était de l'épuisement.

Lorsque nous avions enfin terminé la soirée, je m'étais dirigée vers la chambre.

Je voulais seulement dormir.

Tamara Vassilievna m'avait encore donné quelques conseils sur la fatigue.

Elle avait évoqué des méthodes simples pour retrouver de l'énergie.

Je l'avais remerciée machinalement.

Puis j'avais fermé la porte.

J'étais restée quelques secondes debout près du lit.

La place d'Igor était vide.

Je m'étais souvenue de la veille.

Il était encore là.

Nous avions discuté.

Je l'avais averti.

J'avais espéré qu'il prendrait ma parole au sérieux.

Mais il avait choisi de partir.

J'avais regardé son oreiller.

Puis le mien.

Pour la première fois depuis longtemps, je ne regrettais pas vraiment son absence.

Je regrettais surtout qu'il ait fallu en arriver là.

Je m'étais couchée.

J'avais éteint la lumière.

Derrière la porte, j'entendais encore quelques bruits venant du salon.

Tamara Vassilievna rangeait probablement quelque chose.

Ou vérifiait un détail qui, selon elle, demandait à être amélioré.

Je n'avais pas eu le courage de sortir pour voir.

J'avais simplement fermé les yeux.

Je m'étais promis de tenir pendant les quelques jours à venir.

De rester correcte.

De ne pas perdre mon calme.

Je voulais éviter une scène qui donnerait encore à Igor une raison de dire que j'avais exagéré.

Je voulais qu'il ne puisse pas réduire ma décision à un accès de colère.

Je voulais être certaine de moi.

Mais le lendemain matin, avant même que j'aie fini de me préparer dans la salle de bain, Tamara Vassilievna était apparue derrière moi.

Elle m'avait observée dans le miroir.

Puis elle avait secoué la tête.

« Léna, regarde un peu ces marques sous tes yeux. Tu ne prends vraiment pas assez soin de toi. »

J'avais gardé ma brosse à dents à la main.

Elle avait poursuivi.

« Tu devrais essayer des compresses de thé, ou du concombre. Igor va revenir et te trouver toute fatiguée. »

Je fixais mon reflet.

Elle ne s'était pas arrêtée.

« Les hommes apprécient une femme qui garde bonne mine. Tu sais, la fille de Maria Stepanovna fait des soins tous les matins. Elle est toujours impeccable. »

J'avais lentement posé ma brosse à dents.

Je n'avais toujours pas prononcé un mot.

Dans le miroir, je voyais ma belle-mère attendre presque avec impatience de me donner un nouveau conseil.

Et je voyais mon propre visage.

Fatigué.

Fermé.

Je comprenais désormais que le plus difficile ne serait pas de passer trois jours avec elle.

Le plus difficile serait de continuer à me taire alors que chaque nouvelle remarque me rappelait pourquoi j'avais supplié Igor de ne pas me laisser dans cette situation.

J'avais ouvert le robinet.

L'eau avait coulé dans le lavabo.

Pour quelques secondes, son bruit avait couvert la voix de Tamara Vassilievna.

J'avais savouré ce bref répit.

Puis j'avais fermé l'eau.

Et elle avait recommencé à parler.


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Mon mari venait de m’annoncer la visite de sa mère quand un appel de son meilleur ami a tout fait basculer

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