En fin d'après-midi, j'avais décidé de préparer le dîner.
Je pensais qu'une activité familière m'aiderait à retrouver un peu de calme.
J'avais choisi quelque chose de simple.
Des escalopes de poulet.
De la purée de pommes de terre.
Rien d'extraordinaire.
Un repas que je savais préparer.
Un repas que j'avais déjà fait de nombreuses fois.
Après cette journée, je ne voulais pas réfléchir à une recette compliquée.
Je voulais seulement cuisiner tranquillement.
J'avais sorti le poulet du réfrigérateur.
Puis les pommes de terre.
J'avais posé une planche sur le plan de travail.
J'avais pris un couteau.
Les gestes étaient habituels.
Je savais dans quel ordre procéder.
Je n'avais besoin d'aucune explication.
Mais Tamara Vassilievna était entrée dans la cuisine avant même que j'aie terminé de préparer les ingrédients.
Elle avait regardé ce qui se trouvait sur la table.
« Qu'est-ce qu'on mange ce soir ? »
« Du poulet avec de la purée. »
Elle avait souri.
« Ah, très bien. C'est quelque chose qu'Igor aime beaucoup. »
J'avais acquiescé.
Je le savais.
C'était précisément pour cela que j'avais souvent cuisiné ce plat.
Elle avait tiré un tabouret.
Puis elle s'était installée près du plan de travail.
Je n'avais pas immédiatement compris ce qu'elle comptait faire.
J'avais espéré qu'elle voulait simplement me tenir compagnie.
Mais son regard suivait déjà chacun de mes mouvements.
Je m'étais occupée du poulet.
J'avais placé la viande sur la planche.
Puis j'avais pris le maillet.
Au premier coup, elle avait réagi.
« Doucement, Léna. »
J'avais arrêté ma main.
« Pardon ? »
« Tu tapes beaucoup trop fort. »
J'avais regardé la viande.
Elle n'était pourtant pas abîmée.
« Il faut garder le jus à l'intérieur », avait-elle expliqué.
Je n'avais rien répondu.
Elle s'était penchée.
« Utilise plutôt du film plastique. Et fais des mouvements moins brusques. »
J'avais repris mon travail.
Elle avait observé le maillet.
« Pas avec ce côté-là. Retourne-le. »
Je m'étais figée une seconde.
Elle avait désigné l'autre face.
« Celui avec les petites dents convient mieux. »
J'avais changé la position de l'ustensile.
Pas parce que je pensais qu'elle avait nécessairement raison.
Mais parce que je voulais éviter une nouvelle discussion.
« Voilà », avait-elle dit avec satisfaction.
J'avais senti un léger pincement dans ma poitrine.
Je ne préparais plus mon dîner.
J'exécutais des gestes sous surveillance.
Chaque mouvement était examiné.
Chaque décision pouvait être corrigée.
J'avais continué.
Tamara Vassilievna avait entrepris de m'expliquer comment elle préparait les escalopes autrefois.
Elle parlait de la texture de la viande.
Du temps de cuisson.
De la façon de conserver le jus.
Je la laissais parler.
Je regardais ma planche.
J'essayais de ne pas compter ses remarques.
Puis j'avais pris les pommes de terre.
Je les avais épluchées.
Je les avais rincées.
Et j'avais commencé à les couper.
« Oh, non, ma petite. »
Le couteau s'était arrêté.
Je savais déjà ce qui allait suivre.
« Tu fais des morceaux beaucoup trop petits. »
J'avais posé un morceau sur la planche.
« C'est comme ça que je les prépare. »
Elle avait secoué la tête.
« Ils vont cuire trop vite. Pour une bonne purée, il faut les laisser plus gros. »
J'avais regardé les pommes de terre.
Elles me semblaient parfaitement normales.
Mais Tamara Vassilievna n'avait pas terminé.
« Il faut une cuisson régulière. Sinon, tu obtiens quelque chose qui n'a plus de tenue. »
J'avais repris le couteau.
Cette fois, je n'avais pas changé ma façon de couper.
Je n'en avais simplement plus envie.
Elle avait remarqué mon silence.
« Tu m'écoutes, Léna ? »
« Oui. »
« Alors pourquoi continues-tu comme ça ? »
J'avais posé le couteau.
Je m'étais tournée vers elle.
« Parce que j'ai l'habitude de préparer ma purée de cette manière. »
Elle avait semblé étonnée.
Comme si cette réponse n'était pas suffisante.
« Mais si je te donne un conseil, c'est pour que ce soit meilleur. »
J'avais inspiré lentement.
« Je comprends. »
« Alors il faut essayer. »
Je n'avais pas répondu.
Elle avait croisé les mains sur ses genoux.
Puis elle avait continué à me regarder.
Je m'étais remise à couper.
Je sentais son attention sur mes doigts.
Sur le couteau.
Sur chaque morceau.
C'était une sensation épuisante.
Je ne pouvais plus simplement cuisiner.
Je devais anticiper la prochaine remarque.
Quand j'avais placé les pommes de terre dans la casserole, elle s'était redressée.
« Et le sel ? »
J'avais tourné la tête.
« Quoi, le sel ? »
« Tu comptes le mettre maintenant ? »
J'avais hésité.
« Je vais m'en occuper. »
Elle avait secoué la tête.
« Il vaut mieux attendre la fin de la cuisson. »
Je connaissais son raisonnement.
Elle pensait qu'une mauvaise étape pouvait rendre les pommes de terre trop fermes.
Je n'avais aucune envie de discuter de cela.
Pas après tout le reste.
Alors j'avais simplement posé le sel.
Mais elle avait pris mon silence pour de la mauvaise volonté.
« Léna, ce n'est pas une critique. Je veux seulement t'apprendre quelques méthodes. »
J'avais regardé l'eau dans la casserole.
« Je sais. »
« Tu n'en as pas l'air. »
J'avais fermé les yeux.
Il fallait maintenant que je montre de la reconnaissance.
Pas seulement que j'écoute.
Pas seulement que je me taise.
Je devais également paraître heureuse de recevoir ces conseils.
Je ne savais plus comment faire.
« Je suis un peu fatiguée », avais-je murmuré.
Elle avait soupiré.
« Justement. Si tu t'organisais autrement, tu te fatiguerais moins. »
J'avais eu envie de lui répondre que ma fatigue venait surtout de toutes ses remarques.
Mais je m'étais retenue.
Je savais que cela déclencherait une nouvelle dispute.
Et je n'en voulais pas.
Je voulais seulement terminer le dîner.
Tamara Vassilievna s'était installée plus confortablement sur son tabouret.
Puis elle avait commencé à parler de son mari.
Celui qu'elle avait perdu.
Elle évoquait souvent son souvenir lorsqu'il était question de cuisine.
Je savais qu'elle avait été très attachée à lui.
Et je respectais cette partie de sa vie.
Mais ce soir-là, ses souvenirs avaient encore pris la forme d'une comparaison.
« Mon mari adorait mes escalopes », avait-elle expliqué.
J'avais retourné une pièce de poulet.
« Il disait que personne ne les préparait comme moi. »
J'avais acquiescé.
Elle avait souri à ce souvenir.
Puis son ton avait changé.
« Tu comprends, Léna, un homme revient toujours volontiers dans une maison où il mange bien. »
J'avais senti une crispation.
Je savais ce qu'elle allait ajouter.
« C'est important de savoir le garder chez soi. »
Je m'étais immobilisée.
Garder un homme chez soi.
Comme si la fidélité et le respect dépendaient de la cuisson d'une escalope.
Comme si une femme devait réussir chaque repas pour mériter la présence de son mari.
J'avais pensé à Igor.
Il était loin de nous.
Avec ses amis.
Et moi, j'étais dans notre cuisine à recevoir des leçons sur la manière de le retenir.
Cette contradiction m'avait fait mal.
« Igor mange bien à la maison », avais-je répondu.
Tamara Vassilievna avait fait un petit geste.
« Bien sûr, ma chérie. Mais on peut toujours mieux faire. »
Je n'avais pas trouvé de réponse.
Toujours mieux.
Toujours plus.
Toujours autrement.
Il n'existait jamais de moment où mon travail suffisait.
J'avais surveillé la cuisson du poulet.
La purée avançait.
L'odeur du dîner commençait à remplir la cuisine.
Normalement, cette odeur m'aurait donné faim.
Ce soir-là, elle ne me faisait presque aucun effet.
Je voulais simplement terminer.
M'asseoir.
Manger.
Et ne plus entendre parler de techniques culinaires.
Mais Tamara Vassilievna avait encore beaucoup de choses à expliquer.
Elle m'avait parlé de la poêle.
Puis de la quantité de matière grasse.
Puis de la température.
Elle comparait chaque détail avec sa manière de faire.
Je répondais parfois.
Souvent, je me contentais d'un mouvement de tête.
Plus je gardais le silence, plus elle insistait.
« Tu devrais vraiment essayer ma méthode. »
Je remuais la purée.
« D'accord. »
« Pas seulement dire d'accord. Il faut le faire. »
J'avais serré le manche de la cuillère.
J'aurais voulu lui demander pourquoi il lui était si difficile de me laisser tranquille.
Pourquoi elle devait toujours avoir le dernier mot.
Pourquoi le simple fait que je fasse autrement semblait lui déplaire autant.
Mais je savais qu'elle se sentirait attaquée.
Elle me dirait qu'elle voulait bien faire.
Elle évoquerait tout ce qu'elle avait accompli pour sa famille.
Puis, peut-être, elle raconterait à Igor que je l'avais mal reçue.
Je connaissais déjà ce mécanisme.
Et je ne voulais plus y entrer.
J'avais donc continué à préparer le repas.
En silence.
Tamara Vassilievna avait finalement quitté son tabouret lorsque tout avait été prêt.
Elle avait regardé les assiettes.
Puis la purée.
Puis le poulet.
« Bon, ce n'est pas si mal », avait-elle déclaré.
J'avais baissé les yeux.
Ce n'était pas un compliment.
Pas vraiment.
C'était une permission de considérer mon travail comme acceptable.
Après une longue inspection.
Nous avions mangé.
Elle avait continué à parler de cuisine.
Elle expliquait encore comment son défunt mari appréciait les repas préparés avec soin.
Je répondais le moins possible.
Je pensais au moment où je pourrais débarrasser la table.
Quand le dîner avait été terminé, j'avais commencé à ranger les assiettes.
Tamara Vassilievna avait voulu intervenir.
« Laisse, je vais t'aider. »
J'avais répondu rapidement.
« Merci, mais je vais m'en occuper. »
Elle avait semblé légèrement contrariée.
« Je ne suis pas venue pour rester assise sans rien faire. »
J'avais regardé l'évier.
Je voulais seulement accomplir cette tâche sans commentaire.
« Je sais. Mais ça ira. »
Elle avait soupiré.
Puis elle s'était éloignée.
Pour la première fois depuis plusieurs heures, je m'étais retrouvée seule dans la cuisine.
J'avais posé les assiettes dans l'évier.
Mes mains tremblaient légèrement.
Je m'étais appuyée contre le plan de travail.
Je ne pleurais pas.
Je ne criais pas.
Je restais simplement là.
Épuisée.
Je pensais à la phrase d'Igor.
Trois jours passeront vite.
Il avait dit cela comme si le temps suffisait à rendre une situation supportable.
Mais chaque heure me semblait longue.
Chaque repas devenait une épreuve.
Chaque geste me demandait davantage de retenue.
Et je savais que Tamara Vassilievna ne voyait toujours aucun problème.
Pour elle, la journée avait probablement été agréable.
Elle avait parlé.
Elle avait transmis ses connaissances.
Elle avait corrigé ce qui ne lui convenait pas.
Elle avait eu l'impression d'être utile.
Moi, je regardais l'eau couler sur les assiettes.
Je voulais qu'on me laisse vivre.
Simplement.
Je voulais pouvoir couper mes pommes de terre comme je l'entendais.
Boire dans mes tasses fleuries.
Classer mes livres par auteur.
Et préparer un repas sans devoir prouver que j'étais une épouse digne de ce nom.
J'avais terminé la vaisselle.
Puis j'avais essuyé le plan de travail.
Je l'avais fait avec soin.
Presque machinalement.
Je savais que Tamara Vassilievna pourrait trouver quelque chose à redire le lendemain.
Une trace.
Une tasse.
Un torchon mal placé.
Mais ce soir-là, je n'avais plus la force de m'en inquiéter.
Je m'étais dirigée vers le salon.
Elle était installée sur le canapé.
Elle m'avait souri.
« Tu vois, Léna, avec un peu de pratique, tout devient plus facile. »
J'avais acquiescé.
Je n'avais même plus envie de corriger cette idée.
Je m'étais assise à l'autre bout du canapé.
La télévision était allumée.
Mais je ne suivais rien.
Je pensais seulement au lendemain.
À la dernière journée avant le retour d'Igor.
Je croyais qu'il me suffirait de tenir encore un peu.
Je ne savais pas que la conversation du soir suivant allait rendre cette idée impossible.
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Part 6 of 12
