Artyom restait devant moi.
Je tenais le service de porcelaine contre moi.
Il paraissait surpris que je sois réellement prête à partir.
Je ne comprenais pas pourquoi.
Il avait annoncé notre divorce.
Sa mère s’en était réjouie.
Et personne, autour de la table, n’avait tenté de m’arrêter lorsque j’étais montée préparer ma valise.
Il avait obtenu ce qu’il avait demandé.
Mais maintenant que je partais, il semblait vouloir ralentir les choses.
« Alice, tu n’es pas obligée de faire ça ce soir. »
Je regardai son visage.
Je connaissais cette voix.
Elle était plus douce que celle qu’il avait utilisée pendant le dîner.
Je l’avais souvent entendue après nos désaccords.
Quand il voulait que je cesse d’insister.
Quand il préférait que nous reprenions notre quotidien sans avoir vraiment parlé de ce qui n’allait pas.
Cette voix m’avait longtemps suffi.
Je m’en voulais de l’admettre.
Mais je m’étais parfois contentée de très peu.
Une parole aimable.
Un geste ordinaire.
Un moment où il semblait de nouveau heureux de me voir.
Je prenais ces petites choses pour la preuve que tout allait mieux.
Ce soir-là, elles n’avaient plus le même effet.
« Je vais partir, Artyom. »
Il ouvrit la bouche.
Je poursuivis avant qu’il ne trouve une nouvelle explication.
« Tu as pris ta décision devant tout le monde. Je prends la mienne maintenant. »
Il détourna les yeux.
Galina Petrovna bougea près du canapé.
Je sentais son impatience.
Elle voulait probablement intervenir.
Mais la question de l’appartement avait changé son attitude.
Elle n’était plus aussi sûre de pouvoir me parler comme elle le souhaitait.
Je regardai le couloir.
Ma valise m’attendait à l’étage.
Je devais encore la descendre.
Puis je partirais.
Je tournai les yeux vers les invités.
Ils me regardaient.
Certains semblaient gênés.
D’autres demeuraient parfaitement immobiles.
Je n’avais plus envie d’essayer de comprendre leur silence.
Pendant des années, j’avais accordé une importance excessive à ce que la famille d’Artyom pensait de moi.
Je voulais être une bonne épouse.
Une belle-fille acceptable.
Une personne agréable à inviter.
J’avais cru que mon application finirait par être reconnue.
Ce soir-là, je découvrais que certaines personnes acceptent volontiers vos efforts sans jamais vous accorder leur respect.
Je pris une inspiration.
« Demain matin, quelqu’un viendra récupérer les affaires que je laisse ici. »
Artyom releva la tête.
« Quelles affaires ? »
Je le regardai.
« Les miennes. »
Il passa une main sur son front.
« On peut s’en occuper nous-mêmes. »
Je secouai la tête.
Je ne voulais pas laisser cette situation devenir une nouvelle occasion de discuter pendant des heures.
Je ne voulais pas revenir pour découvrir que certains objets avaient disparu.
Je savais que je devais récupérer ce qui m’appartenait.
Et je voulais que cela se passe simplement.
« Je préfère envoyer quelqu’un. »
Il sembla blessé par ma réponse.
Je trouvai cela difficile à supporter.
Pas parce que je regrettais ma décision.
Mais parce qu’il réagissait à ma méfiance comme s’il ne comprenait pas d’où elle venait.
« Tu crois vraiment qu’on va toucher à tes affaires ? »
Je regardai Galina Petrovna.
Elle avait déjà essayé de m’empêcher d’emporter la porcelaine de ma mère.
Cette seule réaction me suffisait.
« Je veux simplement retrouver tout ce qui m’appartient. »
Je parlai calmement.
« S’il manque quelque chose, je déposerai une plainte. »
Galina poussa un bruit indigné.
« Tu nous menaces maintenant ? »
Je tournai la tête vers elle.
« Je t’informe de ce que je ferai si mes affaires disparaissent. »
Elle parut vouloir répondre.
Puis elle se tut.
Je n’avais pas besoin d’ajouter quoi que ce soit.
Je savais que les démarches à venir seraient désagréables.
Il y aurait le divorce.
Les papiers.
Des conversations avec des personnes qui me demanderaient de raconter cette soirée.
Peut-être des reproches.
Peut-être des tentatives pour me faire revenir sur ma décision.
Je ne pouvais pas encore savoir exactement comment tout cela se déroulerait.
Mais je savais que je ne voulais plus rester là.
Je regardai Artyom.
Il avait les épaules légèrement tombantes.
Il ne ressemblait plus à l’homme qui avait porté son verre devant sa famille avec autant d’assurance.
Je me demandai s’il regrettait ses paroles.
Ou seulement leurs conséquences.
Je n’avais aucun moyen de le savoir.
Et, pour la première fois, je ne ressentais pas le besoin de chercher une réponse.
J’avais passé trop de temps à essayer de lire ses pensées.
À deviner ce qui l’irritait.
À prévoir les réactions de sa mère.
À faire en sorte que personne ne soit mécontent.
Je n’avais plus envie de vivre de cette manière.
Je soulevai le paquet de porcelaine.
Je vérifiai que je pouvais le porter sans risquer de le laisser tomber.
Puis je m’avançai vers le couloir.
Artyom s’écarta.
Ce petit mouvement me frappa.
Quelques minutes auparavant, il se tenait devant moi comme s’il voulait m’empêcher de quitter la pièce.
Maintenant, il me laissait passer.
Je montai récupérer ma valise.
Chaque marche me semblait différente.
Lorsque j’étais montée après l’annonce du divorce, j’avais eu l’impression de fuir.
Je voulais me cacher.
Je voulais ne plus entendre les voix des invités.
Je voulais disparaître avant que quelqu’un remarque mes larmes.
Cette fois, je montais simplement chercher mes affaires.
Je n’avais plus honte.
Pas de partir.
Pas de reprendre ce qui était à moi.
Pas de reconnaître que mon mariage était terminé.
Dans la chambre, je posai la porcelaine sur le lit.
Je regardai la valise.
Elle était fermée.
Je vérifiai rapidement son contenu.
Quelques vêtements.
Mes affaires personnelles.
Les objets nécessaires pour les prochains jours.
Je regardai l’armoire.
Une partie de mes vêtements était encore là.
Je les récupérerais plus tard.
Je n’avais pas besoin de tout régler en une seule soirée.
Cette idée me soulagea.
Je n’étais pas obligée de prendre toutes les décisions concernant mon avenir avant minuit.
Je pouvais simplement sortir de cet appartement.
Aller chez mon père.
Dormir.
Puis réfléchir au lendemain.
Je pris ma valise.
Je soulevai ensuite le paquet de porcelaine.
Je descendis avec précaution.
Lorsque j’arrivai au salon, les conversations s’étaient interrompues.
Tous les regards se tournèrent vers moi.
Artyom s’avança.
« Tu vas où ? »
Je le regardai.
Je trouvais cette question étrange.
Il venait de me dire qu’il ne voulait plus vivre avec moi.
Et maintenant, il voulait connaître ma destination.
« Je pars. »
Il fronça les sourcils.
« Ce n’est pas ce que je te demande. »
Je ne répondis pas.
Il n’avait plus besoin de connaître chacun de mes déplacements.
Cette pensée me parut presque nouvelle.
Pendant notre mariage, je lui avais toujours dit où j’allais.
À quelle heure je pensais rentrer.
Ce que j’avais prévu de faire.
Cela me semblait naturel.
Mais je n’étais plus obligée de lui donner ces renseignements pour le rassurer.
Je regardai la porte.
Je n’avais plus qu’à sortir.
Puis je pensai aux clés de la voiture.
Elles étaient avec mes affaires.
Je les pris.
Le petit bruit du métal attira l’attention d’Artyom.
Il baissa les yeux.
Puis releva la tête.
Je connaissais la voiture.
Nous l’avions utilisée pendant des années.
Pour les courses.
Pour les déplacements quotidiens.
Pour aller voir la famille.
Mais elle était enregistrée à mon nom.
Cela n’avait jamais été un sujet de discussion important.
Jusqu’à ce soir.
Je montrai les clés.
« Je prends aussi la voiture. »
Artyom sembla ne pas comprendre.
« Comment ça ? »
Je gardai les clés dans ma main.
« Elle est à mon nom. Je pars avec. »
Son visage changea.
Pendant quelques secondes, il sembla chercher une objection.
Puis il regarda sa mère.
Je trouvai ce réflexe presque triste.
Même maintenant.
Même après tout ce qui venait d’être révélé.
Il cherchait encore son regard.
Galina Petrovna semblait incapable de trouver une réponse.
Elle était restée si sûre d’elle pendant le dîner.
Elle avait cru que son fils allait enfin se débarrasser d’une épouse qu’elle n’aimait pas.
Mais elle n’avait pas imaginé que la maison ne lui appartenait pas.
Elle n’avait pas imaginé que la voiture non plus ne resterait pas à sa disposition.
Et elle n’avait probablement jamais pensé que je pourrais partir sans demander à son fils de me reprendre.
Je regardai Artyom.
Je ne voulais plus me disputer.
Mais j’avais encore quelque chose à lui dire.
« Pour aller voir Lera, tu trouveras un autre moyen de transport. »
Il resta immobile.
Je n’attendis pas sa réponse.
Je tournai la poignée de la porte.
L’air frais de novembre entra dans le couloir.
Je sentis le froid sur mon visage.
Derrière moi, personne ne parla.
Je sortis.
Puis je refermai la porte.
Je restai quelques secondes devant l’appartement.
Le paquet de porcelaine était lourd.
Ma valise tirait sur mon bras.
Je sentais la fatigue de cette longue journée.
Mais je n’entendais plus la voix de Galina.
Je ne voyais plus le visage d’Artyom.
Il n’y avait plus de table dressée.
Plus de gâteau.
Plus de discours.
Seulement la nuit.
Et une voiture qui m’attendait.
Je m’avançai vers elle.
Je savais que je n’avais pas terminé les difficultés de ma séparation.
Elles commençaient à peine.
Mais je venais de faire quelque chose que j’avais repoussé pendant bien trop longtemps.
J’étais partie sans attendre qu’Artyom m’en donne la permission.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 8 : Deux rues après avoir quitté mon mari, j’ai appelé mon père avec la porcelaine de maman sur le siège et j’ai enfin compris mon départ
J’avais passé six heures à préparer une fête pour la famille de mon mari sans comprendre pourquoi personne ne me regardait dans les yeux
Part 7 of 12
