PARTIE 3 – Devant sa mère et sa directrice financière, Julien a exigé ma signature pendant que mes premières contractions devenaient plus fortes

Le document était toujours posé sur mes genoux.

Julien attendait.

Béatrice attendait.

Même Bernard, qui jusque-là avait presque gardé le silence, semblait uniquement préoccupé par l'heure du départ.

Je regardais les feuilles sans parvenir à me concentrer.

La douleur revenait régulièrement dans mon ventre.

Pas encore assez forte pour m'empêcher de parler.

Mais suffisamment pour que je sache que quelque chose avait commencé.

J'avais envie de demander à Julien de rester.

Je crois que c'est ce qui me fait le plus mal quand je repense à cette matinée.

Une partie de moi attendait encore qu'il change d'avis.

Qu'il pose ses valises.

Qu'il me dise qu'aucun voyage ne passait avant la naissance de notre fille.

Je lui aurais pardonné beaucoup de choses à cet instant.

Peut-être trop.

Mais il ne regardait pas mon visage.

Il regardait les papiers.

« Claire, il faut terminer. »

J'ai levé les yeux.

« Je ne peux pas lire correctement pendant que vous me pressez. »

Il a tendu le stylo.

« Je t'ai déjà dit ce que c'était. »

« Tu m'as dit que c'était temporaire. Ce n'est pas une explication. »

Béatrice a laissé échapper un rire sec.

« Tu veux vraiment commencer une discussion juridique maintenant ? »

Je me suis tournée vers elle.

« Puisqu'on me demande de signer un document juridique, oui. »

Elle a serré les lèvres.

Je ne lui répondais pas souvent de cette manière.

Habituellement, je laissais passer les remarques.

Je ne voulais pas de conflits familiaux.

Je pensais que supporter quelques paroles désagréables valait mieux que provoquer une querelle.

Mais ce matin-là, je n'avais plus l'énergie de jouer ce rôle.

Béatrice s'est approchée de la table basse.

« À ton âge, j'ai accouché sans toutes les précautions dont tu bénéficies. »

Je n'ai pas répondu.

Elle a poursuivi.

« Et je n'ai jamais utilisé ma grossesse pour empêcher mon mari de travailler. »

J'ai regardé ses mains.

Elles entouraient encore sa tasse de café.

Elle était prête pour son voyage.

Coiffée.

Habillée.

Impatiente.

Moi, je pouvais à peine trouver une position confortable sur le canapé.

Je n'avais pas demandé qu'ils arrêtent leur vie entière.

Je voulais simplement que mon mari ne parte pas au moment où notre enfant pouvait naître.

Et je voulais comprendre ce qu'il me demandait de signer.

Rien de plus.

Pourtant, dans cette pièce, j'avais l'impression d'être celle qui se comportait mal.

Sophie se tenait toujours près de la baie vitrée.

Elle n'avait pas encore participé à la conversation.

Mais je remarquais chaque mouvement de son poignet.

Le bracelet bleu.

Le nom de l'hôtel.

J'ai finalement posé une question que je retenais depuis son arrivée.

« Sophie vient aussi à Saint-Barthélemy ? »

Julien a relevé la tête.

Béatrice a immédiatement cessé de boire son café.

Sophie, elle, n'a pas bougé.

« Elle accompagne certains dossiers », a répondu Julien.

Je l'ai regardé longuement.

« Tu m'avais dit que tu partais avec tes parents. »

Il a haussé les épaules.

« Cela ne change rien. »

« Pour toi, peut-être. »

J'avais parlé doucement.

Je ne voulais pas crier.

Je sentais déjà une nouvelle contraction arriver.

Mais je voulais qu'il comprenne que j'avais remarqué son mensonge.

Julien a croisé les bras.

« Tu vas encore imaginer des choses ? »

Ce mot.

Encore.

Il l'utilisait chaque fois que je soulevais une contradiction.

Il suffisait que je pose une question pour devenir une femme soupçonneuse.

Il suffisait que j'exprime une inquiétude pour devenir jalouse.

J'étais fatiguée de cette manière de me faire porter la responsabilité de ses réponses.

« Je n'imagine rien. Sophie porte le bracelet de votre hôtel. »

Sophie a baissé les yeux vers son poignet.

Elle l'a rapidement recouvert avec sa manche.

Ce geste aurait pu être insignifiant.

Pour moi, il ne l'était pas.

Béatrice a posé sa tasse.

Le bruit a résonné sur la table.

« Sophie est une employée essentielle de notre groupe. »

J'ai attendu.

Elle a continué.

« Tu devrais être soulagée que quelqu'un de compétent puisse accompagner Julien. »

Je me suis sentie rougir.

Pas parce que j'étais jalouse.

Parce qu'elle venait de me rabaisser devant tout le monde, dans ma propre maison.

Je connaissais mon travail.

Je dirigeais une entreprise.

Je prenais des responsabilités.

Mais pour Béatrice, je n'étais plus qu'une femme enceinte incapable de réfléchir convenablement.

« Je ne parle pas des compétences de Sophie. »

« Alors de quoi parles-tu ? »

J'ai regardé Julien.

« De ce que mon mari m'a caché. »

Il s'est rapproché.

Son expression s'est durcie.

« Je n'ai pas à te demander la permission pour chaque décision professionnelle. »

Je n'avais jamais prétendu le contraire.

Mais je ne voulais pas me perdre dans une dispute sur Sophie.

Il y avait quelque chose de beaucoup plus inquiétant sur mes genoux.

Un document que je n'avais pas demandé.

Une autorisation que je ne comprenais pas.

Et quatre personnes qui semblaient déterminées à me faire signer avant de quitter la maison.

J'ai baissé les yeux vers la première page.

J'ai reconnu des mots liés à la gestion patrimoniale.

Puis une référence à une structure dont je ne connaissais pas le rôle.

Je voulais lire les paragraphes suivants.

Mais Julien a posé la main sur les feuilles.

« Nous avons un avion à prendre. »

J'ai relevé les yeux.

« Alors partez. »

Il a retiré sa main.

« Quoi ? »

« Si vous êtes pressés, partez. Moi, je lirai ce document quand je serai capable de le faire. »

Il m'a regardée comme s'il ne reconnaissait plus ma voix.

Je ne criais pas.

Je n'étais pas en train de le menacer.

Je disais simplement que je ne signerais pas dans ces conditions.

Béatrice s'est tournée vers son mari.

« Bernard, on y va. »

Bernard a consulté une nouvelle fois sa montre.

Il n'a pas demandé si j'avais besoin d'aide.

Il n'a pas suggéré que Julien reste.

Je n'ai entendu aucune parole en ma faveur.

C'était peut-être cela, le plus humiliant.

Pas leurs critiques.

Leur indifférence.

Je me souviens avoir regardé les visages autour de moi.

Mon mari.

Sa mère.

Son père.

La directrice financière.

Ils semblaient tous appartenir à la même conversation, à la même décision, au même départ.

Et moi, j'étais assise avec notre fille dans mon ventre, comme si je n'avais pas réellement ma place parmi eux.

Je me suis surprise à penser à ma mère.

Agnès.

Si elle avait été là, elle m'aurait immédiatement demandé depuis combien de temps j'avais des contractions.

Elle m'aurait proposé de boire quelque chose.

Elle aurait probablement vérifié mon sac de maternité.

Elle n'aurait jamais utilisé mon état pour me pousser à prendre une décision financière.

Cette comparaison m'a bouleversée.

Parce que je réalisais combien j'avais abaissé mes attentes envers mon mari.

Je ne lui demandais plus de prendre soin de moi.

Je lui demandais seulement de ne pas me compliquer davantage la vie.

Julien a repris le stylo.

« Claire, signe et ensuite tu pourras te reposer tranquillement. »

J'ai regardé le stylo métallique.

Il était identique à celui qu'il venait de déposer sur mon ventre.

« Non. »

Il a serré la mâchoire.

« Tu sais combien ce voyage nous coûte ? »

Je l'ai regardé sans parler.

Il a ajouté que les billets n'étaient pas remboursables.

J'ai senti quelque chose se casser en moi.

Il parlait du prix des billets.

Moi, je pensais à notre fille.

Une fille qu'il n'avait même pas encore rencontrée.

Je lui ai demandé s'il se rendait compte de ce qu'il faisait.

Il a répondu que je dramatisais.

Je lui ai rappelé que le terme était prévu pour le lendemain.

Il a répondu qu'il connaissait la date.

Je lui ai demandé si cette date comptait encore pour lui.

Il n'a pas répondu à cette question.

Il a simplement répété que l'hôpital de la Croix-Rousse se trouvait à environ vingt minutes.

« Tu peux prendre un taxi si nécessaire. »

Je me suis mise à regarder mes mains.

Elles étaient posées sur mon ventre.

Je sentais la peau tendue sous mes doigts.

Pendant des mois, j'avais imaginé le trajet vers la maternité.

Je pensais que Julien conduirait.

Qu'il serait nerveux.

Qu'il poserait maladroitement des questions.

Qu'il chercherait à me faire sourire.

Je ne m'étais jamais imaginée devant commander seule un taxi pendant qu'il prendrait l'avion.

Encore moins après qu'il m'aurait demandé de signer des papiers concernant mes biens.

Une contraction a commencé.

Cette fois, elle était plus forte.

J'ai appuyé une main contre le canapé.

J'ai essayé de respirer lentement.

Julien me regardait.

Il a attendu.

Quand j'ai pu parler, il a de nouveau désigné le document.

Je l'ai fixé.

« Tu vois bien que j'ai mal. »

« Alors ne prolonge pas cette discussion. »

Cette réponse m'a laissée sans voix.

Je crois que, jusque-là, je cherchais encore une preuve qu'il ne comprenait pas mon état.

Qu'il était stressé.

Qu'il parlait maladroitement.

Mais il comprenait.

Il voyait ma douleur.

Il savait que l'accouchement approchait.

Et il continuait à insister.

C'est à cet instant que j'ai commencé à comprendre que le problème n'était pas son manque d'attention.

Il voulait obtenir quelque chose de moi avant de partir.

Quelque chose d'assez important pour qu'il ignore tout le reste.

J'ai pris les feuilles.

Je les ai refermées soigneusement.

Puis j'ai tendu la main vers mon sac de maternité.

Julien a fait un pas dans ma direction.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« Je garde les papiers. »

Il a semblé hésiter.

« Pourquoi ? »

« Parce qu'ils me concernent. »

J'ai ouvert la poche transparente du sac.

Celle où j'avais rangé les documents médicaux et l'échographie.

J'y ai glissé les feuilles.

L'image de notre fille s'est retrouvée contre le document.

Je me suis arrêtée une seconde.

Ce contraste m'a frappée.

D'un côté, le visage encore inconnu de mon enfant.

De l'autre, des paragraphes que mon mari voulait me faire accepter sans lecture.

J'ai refermé la poche.

« Je prendrai le temps de les examiner. »

Julien s'est penché vers moi.

« Nous n'avons pas le temps pour tes précautions. »

Je l'ai regardé.

« Alors tu aurais dû me les montrer plus tôt. »

Il a secoué la tête.

Béatrice s'est exclamée que je gâchais le départ de toute la famille.

Elle m'a reproché mon attitude.

Elle a dit que je cherchais une raison de me disputer.

Puis elle a repris son sac.

« Nous avons assez perdu de temps. »

Bernard s'est dirigé vers la porte.

Sophie a récupéré ses affaires.

Julien a regardé mon sac de maternité.

Je l'ai gardé près de moi.

Je ne savais pas encore ce que contenaient exactement ces pages.

Mais je savais que je ne voulais pas les lui rendre.

Il m'a finalement désignée du doigt.

« Quand tu seras calmée, tu signeras. »

Je n'ai pas répondu.

Il a ajouté qu'il attendrait une photographie de la version signée.

Je l'ai regardé prendre sa valise.

Il avait encore le temps de rester.

Il avait encore le temps de faire demi-tour.

Il aurait pu s'asseoir près de moi.

Me demander comment j'allais.

Ou simplement me dire qu'il ne voulait pas rater la naissance de notre enfant.

Il n'a rien fait de tout cela.

Sophie est passée devant le canapé.

Son parfum était très présent.

Une odeur florale que je reconnaissais désormais.

Elle s'est arrêtée juste assez longtemps pour me parler à voix basse.

« Tu devrais éviter de te mettre dans cet état. »

J'ai relevé les yeux.

Elle avait une expression presque compatissante.

Mais ses paroles ne ressemblaient pas à de la compassion.

Elles ressemblaient à un reproche.

Comme si j'étais responsable de la tension qu'ils avaient créée.

Je n'ai pas répondu.

Elle a continué vers la porte.

Puis je l'ai vue monter dans le véhicule avec Julien.

Béatrice et Bernard les ont rejoints.

Le portail s'est ouvert.

La voiture est sortie.

Et le portail s'est refermé.

Je suis restée assise.

Le sac de maternité sur mes genoux.

Mes mains tremblaient un peu.

Je n'avais pas pleuré devant eux.

Je n'avais pas crié.

Mais maintenant qu'ils étaient partis, je sentais toute la fatigue me tomber dessus.

Le réfrigérateur faisait un bruit léger dans la cuisine.

Une tasse était restée sur la table.

Le stylo métallique était encore près du canapé.

J'ai regardé autour de moi.

C'était ma maison.

Celle que Jeanne m'avait permis d'acheter.

Celle que j'avais aménagée avec tant de soin.

Et pourtant, pendant plusieurs minutes, je m'y suis sentie étrangère.

Je pensais aux derniers mots de Julien.

Il voulait une photo.

Pas de mes contractions.

Pas de notre fille après sa naissance.

Une photographie du document signé.

J'ai baissé les yeux vers le sac.

Puis j'ai ouvert la poche transparente.

Je ne savais pas encore pourquoi Julien avait été aussi pressé.

Mais j'avais décidé de le découvrir avant de lui répondre.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : Restée seule dans ma maison, j’ai découvert que ma signature figurait déjà sur les papiers que Julien voulait me faire signer

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À quelques heures de mon accouchement, mon mari m’a tendu un document que je n’aurais jamais dû signer

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