Je pensais qu'après une nuit de sommeil, je supporterais mieux les remarques de Tamara Vassilievna.
Je m'étais trompée.
Le lendemain matin, j'étais restée quelques minutes devant le miroir de la salle de bain.
Je regardais les cernes sous mes yeux.
Ils étaient bien là.
Je n'avais presque pas dormi.
Mais ce n'était pas mon apparence qui me préoccupait.
C'était cette impression de devoir me préparer, dès le réveil, à être jugée pour tout ce que je ferais.
Tamara Vassilievna se tenait toujours derrière moi.
Elle me parlait de concombres, de sachets de thé et de soins pour le visage.
Je continuais à me brosser les dents.
« Tu sais, Lénotchka, une femme ne doit pas se négliger. »
J'avais regardé mon reflet.
Mes cheveux étaient attachés.
Je portais des vêtements propres.
Je ne voyais pas ce qu'elle attendait de plus à sept heures du matin.
Mais je connaissais déjà la réponse.
Il fallait que je ressemble à l'idée qu'elle se faisait d'une épouse convenable.
« Quand Igor rentrera, il sera content de retrouver une femme reposée et souriante », avait-elle ajouté.
J'avais rincé ma brosse à dents.
Je voulais lui demander si Igor, de son côté, s'inquiétait de me retrouver reposée.
Lui qui était parti trois jours avec ses amis.
Lui qui m'avait laissée gérer cette visite.
Lui qui avait entendu mon avertissement et choisi de ne pas le croire.
Mais je n'avais rien dit.
Je savais qu'une remarque sur Igor aurait ouvert une autre conversation.
Et je n'avais pas assez d'énergie pour celle-là.
« Merci pour vos conseils », avais-je simplement répondu.
Elle avait souri.
« Je suis là pour ça, ma chérie. »
Cette phrase avait eu sur moi un effet étrange.
Elle me rappelait exactement ce que je redoutais.
Elle était là pour conseiller.
Pour surveiller.
Pour intervenir.
Pas une seule fois elle ne semblait envisager que je puisse parfaitement me débrouiller sans elle.
Je m'étais dirigée vers la cuisine.
J'avais besoin de manger quelque chose.
Et surtout, j'avais besoin de faire une chose ordinaire sans avoir à me justifier.
J'avais sorti mes flocons d'avoine.
J'avais rempli une petite casserole d'eau.
C'était mon petit-déjeuner habituel.
Simple.
Rapide.
Je l'aimais comme ça.
Tamara Vassilievna m'avait rejointe avant même que l'eau commence à chauffer.
Elle avait observé la casserole.
« Qu'est-ce que tu prépares ? »
« Des flocons d'avoine. »
« Avec de l'eau ? »
« Oui. »
Elle avait froncé les sourcils.
« Mais pourquoi pas avec du lait ? »
J'avais remué les céréales.
« Je les préfère comme ça. »
Elle avait secoué la tête.
« Vraiment, je ne comprends pas les habitudes des jeunes femmes aujourd'hui. »
J'avais continué à remuer.
Le bruit de la cuillère contre la casserole était presque rassurant.
Je connaissais ce geste.
Je connaissais ce goût.
C'était mon petit-déjeuner.
Rien de plus.
« Igor, lui, ne pourrait jamais commencer la journée avec une chose pareille », avait-elle poursuivi.
J'avais senti mes épaules se raidir.
« C'est mon bol, Tamara Vassilievna. Pas celui d'Igor. »
Elle m'avait regardée comme si je venais de répondre à côté de la question.
« Je sais bien, ma petite. Mais il faut prendre de bonnes habitudes pour tenir toute la journée. »
J'avais servi les flocons d'avoine dans un bol.
Puis je m'étais assise.
J'espérais qu'elle me laisserait manger.
Elle avait tiré une chaise en face de moi.
« À mon époque, le matin, on préparait un vrai repas. Des œufs, de la viande, parfois des crêpes. »
J'avais plongé ma cuillère dans les céréales.
« C'est très bien si vous aimez ça. »
« Ce n'est pas une question de goût. C'est une question de santé. »
J'avais baissé les yeux.
Encore une fois, mon avis ne suffisait pas.
Ce que j'aimais ne comptait pas vraiment.
Il fallait qu'une autre personne valide mes choix.
Même lorsqu'il s'agissait de quelques cuillerées de céréales.
« Regarde-toi », avait-elle ajouté. « Tu es déjà bien mince. Tu vas finir par manquer de forces. »
J'avais arrêté de manger.
Elle avait continué sans remarquer mon geste.
« Une femme doit se maintenir en bonne santé. Surtout si elle veut avoir des enfants. »
J'avais lentement relevé la tête.
Les enfants.
C'était un autre sujet que Tamara Vassilievna abordait régulièrement.
Elle parlait de maternité avec la même assurance que de cuisine.
Comme si tout était simple.
Comme si elle pouvait décider du bon moment.
Comme si mon corps et ma vie devaient répondre à ses attentes.
« Je mange suffisamment », avais-je répondu.
Ma voix était calme.
Trop calme, peut-être.
Elle avait fait un geste de la main.
« Tu dis ça maintenant. Mais plus tard, tu comprendras. »
Je n'avais rien ajouté.
J'avais repris ma cuillère.
Et elle avait commencé à raconter sa jeunesse.
Je connaissais déjà cette histoire.
Tamara Vassilievna avait beaucoup travaillé.
Elle avait tenu sa maison.
Elle avait préparé les repas.
Elle s'était occupée de son mari.
Elle racontait toujours cela avec fierté.
Et je comprenais qu'elle ait été fière de ses efforts.
Ce que je ne comprenais pas, c'était pourquoi chaque souvenir devait devenir une comparaison avec moi.
Elle avait parlé de ses journées interminables.
De ses trois emplois.
Des repas qu'elle préparait malgré la fatigue.
Puis des tartes qui faisaient, selon elle, l'admiration de tout le voisinage.
Je l'écoutais.
Je hochais parfois la tête.
Je n'avais aucune envie de lui retirer le plaisir de ces souvenirs.
Mais à chaque nouvelle phrase, je me sentais un peu plus petite.
Elle avait été une épouse remarquable.
Une travailleuse infatigable.
Une cuisinière extraordinaire.
Et moi, apparemment, je ne savais même pas préparer un petit-déjeuner acceptable.
Quand j'avais terminé mon bol, elle avait encore quelque chose à dire.
« Tu vois, Lénotchka, avec un repas plus consistant, tu aurais meilleure mine. »
J'avais porté mon bol jusqu'à l'évier.
Je l'avais rincé.
Puis j'avais essuyé mes mains.
« Je vais m'occuper un peu du salon », avais-je annoncé.
Elle avait acquiescé.
« Très bonne idée. Un appartement bien entretenu, ça change tout. »
Je n'avais pas répondu.
Je savais que le salon était propre.
Mais j'avais besoin de bouger.
Rester assise à écouter ses conseils devenait insupportable.
J'avais sorti l'aspirateur.
J'avais commencé par le tapis.
Le mouvement régulier de l'appareil m'avait fait du bien.
Pendant quelques minutes, son bruit couvrait presque tout.
Je n'entendais plus les remarques.
Je n'entendais plus les histoires de voisinage.
Je n'entendais plus les comparaisons.
Il n'y avait que le ronronnement du moteur et mes gestes habituels.
Je passais lentement sur les coins du tapis.
Puis sous la table basse.
J'avais déplacé quelques objets.
J'avais essuyé les meubles.
Je voulais seulement terminer une tâche et constater qu'elle était faite.
C'était devenu un besoin presque ridicule.
Avoir au moins une chose dont je puisse dire qu'elle était terminée.
Sans commentaire.
Sans correction.
Sans nouvelle leçon.
Quand j'avais éteint l'aspirateur, le silence m'avait semblé agréable.
Je l'avais rangé.
Puis j'étais revenue regarder le salon.
Tout était en ordre.
La couverture du canapé était pliée.
La table basse était propre.
La bibliothèque n'avait pas bougé.
J'avais ressenti un petit soulagement.
Il n'avait duré que quelques secondes.
Tamara Vassilievna était apparue avec un chiffon humide.
« Tu as fini ? »
« Oui. »
Elle avait regardé le tapis.
Puis elle s'était accroupie.
« Un aspirateur, c'est pratique, mais ça ne nettoie jamais vraiment en profondeur. »
Je m'étais immobilisée.
Elle avait passé son chiffon sur une partie du tapis.
Puis elle me l'avait montré.
« Regarde. Il reste encore de la poussière. »
J'avais fixé le tissu.
Je ne savais même pas quoi répondre.
Je venais de passer du temps à nettoyer.
Et elle avait attendu la fin pour m'expliquer que mon travail ne suffisait pas.
« Il faut aussi utiliser une brosse humide », avait-elle poursuivi.
Je n'avais pas bougé.
Elle s'était relevée pour prendre une brosse.
Je l'avais regardée revenir.
Elle semblait très satisfaite d'avoir trouvé une nouvelle occasion de m'apprendre quelque chose.
« L'hiver, on peut battre les tapis dans la neige. L'été, il faut les brosser soigneusement. »
Je connaissais déjà certaines de ces méthodes.
Ce n'était pas le sujet.
Je ne voulais pas d'une démonstration.
Je ne lui avais rien demandé.
Mais elle avait déjà commencé.
« Avec un peu de vinaigre dans l'eau, les couleurs sont plus belles. Et ça aide à nettoyer. »
Elle frottait le tapis avec énergie.
Je restais debout près du canapé.
Les mains vides.
Je ne savais pas si je devais l'arrêter.
Si je lui demandais de cesser, elle se vexerait.
Si je la laissais faire, elle considérerait qu'elle avait eu raison d'intervenir.
Je me retrouvais encore devant le même choix.
Me taire.
Ou provoquer une discussion.
J'avais regardé ses gestes.
Elle frottait l'endroit que je venais de nettoyer.
Avec une application presque solennelle.
Comme si elle réparait une grave négligence.
« Tu vois la différence ? » avait-elle demandé.
J'avais regardé le tapis.
Je ne voyais pas grand-chose.
Mais j'avais répondu :
« Oui. »
Elle avait souri.
« Tu apprendras. »
Ces deux mots m'avaient traversée comme une petite blessure.
Tu apprendras.
J'étais une femme adulte.
Je travaillais.
Je tenais mon appartement.
Je connaissais mes goûts et mes habitudes.
Pourtant, dans ma propre maison, on me parlait comme à une enfant incapable.
J'avais tourné la tête vers la fenêtre.
Je ne voulais pas qu'elle voie mon expression.
Je sentais ma colère monter.
Pas brusquement.
Pas comme un cri.
Plutôt comme une chaleur qui s'installait lentement et refusait de disparaître.
Tamara Vassilievna continuait sa démonstration.
Elle expliquait les avantages de la brosse.
Elle critiquait les appareils modernes.
Elle racontait comment elle entretenait les tapis autrefois.
Je n'entendais plus toutes ses phrases.
Je regardais simplement les mouvements de sa main.
La brosse avançait.
Reculait.
Avançait encore.
Je pensais à Igor.
À son départ.
À la façon dont il m'avait dit de recevoir sa mère correctement.
Je me demandais ce qu'il aurait répondu s'il avait été là.
Probablement la même chose que d'habitude.
Elle veut seulement aider.
Cette pensée m'avait donné envie de rire.
Mais aucun rire n'était sorti.
J'avais seulement serré les doigts.
Puis je les avais relâchés.
Je m'étais dit que je devais tenir.
Encore un peu.
Ce séjour finirait bien.
Igor rentrerait.
Sa mère repartirait.
Et je pourrais retrouver mon appartement tel que je l'aimais.
Mais une autre pensée revenait.
Pourquoi devais-je toujours attendre le départ des autres pour me sentir chez moi ?
Pourquoi devais-je supporter ces journées simplement pour préserver une paix qui ne semblait intéresser personne d'autre ?
Je n'avais pas encore de réponse.
Tamara Vassilievna avait enfin terminé le tapis.
Elle s'était redressée avec difficulté.
Puis elle avait contemplé son travail.
« Voilà. Maintenant, c'est propre. »
J'avais regardé le salon.
Il était propre avant aussi.
Mais je n'avais pas eu le courage de le dire.
Elle avait essuyé ses mains.
« Tu vois, Lénotchka, il suffit de connaître les bonnes méthodes. »
J'avais acquiescé.
Je ne voulais plus parler.
Je ne voulais plus défendre mes habitudes.
Je voulais simplement que cette matinée se termine.
Pourtant, il restait encore toute une journée devant nous.
Et, en regardant Tamara Vassilievna ranger sa brosse, j'avais compris qu'elle n'avait absolument aucune intention de s'arrêter.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : Pendant que je préparais le dîner, ma belle-mère a transformé ma cuisine en salle de classe, et chaque conseil m’a blessée davantage
Mon mari venait de m’annoncer la visite de sa mère quand un appel de son meilleur ami a tout fait basculer
Part 5 of 12
