PARTIE 2 – Après les messages aperçus sur son téléphone, j’ai compris que le secret de Claire pouvait menacer bien davantage que son mariage avec mon fils

Je suis rentrée chez moi avec une question que je n'arrivais pas à chasser.

Qu'avait voulu dire Claire en parlant des conséquences ?

Elle n'avait pas nié connaître Bastien.

Elle n'avait pas expliqué les messages.

Elle n'avait pas davantage justifié son rendez-vous chez un avocat.

Elle avait seulement essayé de me faire taire.

Et cela me dérangeait.

Je pouvais accepter qu'elle ait des difficultés avec Julien.

Même si cette idée me faisait mal.

Je savais qu'un mariage pouvait traverser des périodes pénibles.

Je n'avais aucune envie de devenir cette belle-mère qui se mêle de tout.

Mais il y avait autre chose.

Les tarifs.

Les fournisseurs.

Les contacts des architectes.

Ces mots revenaient sans cesse.

J'ai passé une bonne partie de la soirée dans mon salon.

La maison était calme.

J'avais laissé ma veste sur une chaise.

Mon sac était posé près de la porte.

Je n'avais même pas eu envie de préparer à dîner.

Je pensais à Étienne.

À la façon dont il aurait réagi.

Il n'aurait pas supporté qu'on se moque de moi devant une assemblée.

Je le connaissais.

Il aurait probablement voulu parler à Claire immédiatement.

Mais pour les messages professionnels, il aurait été plus prudent.

C'était une chose qu'il m'avait apprise pendant nos années de travail.

Une impression n'était pas une preuve.

Une phrase aperçue n'était pas un dossier complet.

Et une accusation lancée trop vite pouvait blesser plusieurs personnes.

Je me suis répétée cela toute la nuit.

Je me suis couchée.

Puis relevée.

J'ai bu de l'eau dans la cuisine.

Je suis retournée dans ma chambre.

Impossible de trouver le sommeil.

À chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais le visage de Claire.

Je la revoyais lorsqu'elle avait entendu parler de son téléphone.

Cette pâleur soudaine.

Cette façon de regarder immédiatement vers Julien.

Je savais qu'elle avait peur.

Mais je ne savais pas encore de quoi.

Le plus simple aurait été d'appeler mon fils.

J'aurais pu lui raconter les notifications.

Lui demander s'il connaissait Bastien.

L'interroger sur son mariage.

Mais je craignais de mélanger deux blessures.

La première me concernait personnellement.

Claire m'avait humiliée en racontant une confidence sur Étienne.

La seconde concernait peut-être l'entreprise.

Et si je confondais les deux, Julien pouvait croire que je cherchais une revanche.

Je ne voulais pas de cela.

Je voulais comprendre.

Pour comprendre mon inquiétude, il faut savoir ce que représentait Delcourt Agencement.

Étienne et moi avions fondé cette entreprise trente et un ans plus tôt.

Au départ, nous n'avions presque rien.

Deux machines achetées d'occasion.

Un véhicule utilitaire qui nous causait régulièrement des problèmes.

Et beaucoup de travail.

Je me souviens des premiers hivers.

Nous devions parfois choisir entre remplacer une pièce usée et repousser une dépense personnelle.

Étienne passait des heures dans l'atelier.

Je m'occupais des factures, des appels et des rendez-vous.

Nous n'avions pas le sentiment de faire quelque chose d'exceptionnel.

Nous essayions simplement de tenir.

Les premiers clients nous avaient fait confiance.

Puis d'autres étaient venus.

Nous avions commencé à travailler avec des architectes.

Des maîtres d'œuvre.

Des fournisseurs qui acceptaient de négocier leurs conditions avec nous.

Chaque relation avait demandé du temps.

Il avait fallu respecter des délais.

Réparer nos erreurs.

Accepter parfois de gagner moins pour conserver une réputation sérieuse.

Rien n'était arrivé facilement.

Trente et un ans plus tard, dix-sept personnes travaillaient dans notre entreprise.

Dix-sept salariés.

Dix-sept personnes qui comptaient sur les commandes, les chantiers et les paiements.

Je détenais encore soixante pour cent des parts.

Julien possédait les quarante autres.

Nous avions organisé les choses ainsi après la disparition d'Étienne.

Julien connaissait parfaitement le travail de l'atelier.

Il y avait grandi.

Il avait appris les gestes de son père.

Il avait ensuite pris de plus en plus de responsabilités.

J'étais heureuse de le voir poursuivre ce que nous avions créé.

Claire, elle, travaillait dans la communication.

Elle avait rejoint l'entreprise pour développer son image et ses relations commerciales.

Elle ne possédait aucune part.

Mais son poste lui donnait accès à beaucoup d'informations.

À des listes de contacts.

À des documents commerciaux.

À certains éléments de préparation des offres.

Je n'avais jamais remis en cause sa présence.

Julien lui faisait confiance.

Et moi aussi, jusqu'à cette fête.

Je savais que le monde de l'agencement pouvait être concurrentiel.

Un prix légèrement inférieur suffisait parfois à convaincre un client.

Une bonne relation avec un architecte pouvait décider de plusieurs chantiers.

Et connaître les marges d'une entreprise donnait un avantage considérable.

C'est pour cela que la phrase concernant Bastien m'inquiétait.

Pas parce qu'il était un ancien compagnon.

Parce qu'il demandait des informations auxquelles il n'avait aucune raison d'accéder.

Le dimanche matin, je me suis levée tôt.

Il était un peu plus de huit heures lorsque j'ai pris mon téléphone.

Je n'ai pas appelé Julien.

J'ai composé le numéro de Sophie.

Sophie travaillait chez nous depuis quatorze ans.

Elle occupait le poste de responsable administrative.

Elle connaissait nos dossiers.

Nos méthodes.

Et surtout notre manière de protéger les informations commerciales.

Je lui faisais confiance.

Elle a répondu rapidement.

« Marianne ? Tout va bien ? »

Je lui ai demandé si elle pouvait vérifier une chose.

Elle a attendu que je précise.

« Est-ce qu'il y a eu récemment des téléchargements inhabituels sur notre serveur ? »

Un silence a suivi.

« Tu as remarqué quelque chose ? »

Je lui ai répondu que j'avais une inquiétude.

Je ne lui ai pas raconté l'anniversaire.

Je n'ai pas parlé de la confidence au cimetière.

Je ne voulais pas transformer mon humiliation en conversation professionnelle.

Je lui ai seulement demandé de regarder les accès enregistrés.

Avec discrétion.

Elle a accepté.

J'ai raccroché.

Puis j'ai essayé de m'occuper.

J'ai lavé une tasse.

Je l'ai essuyée.

Je l'ai rangée.

Quelques minutes plus tard, je l'ai ressortie pour préparer du café.

Je n'arrivais pas à me concentrer.

Je regardais l'horloge de la cuisine.

Je pensais au nombre de fois où Claire avait travaillé seule sur son ordinateur.

Je pensais aux dossiers auxquels elle pouvait accéder.

Et je me reprochais déjà de suspecter quelqu'un sans preuve.

Un peu après neuf heures, Sophie m'a rappelée.

J'ai décroché immédiatement.

Sa voix était différente.

Plus basse.

Plus sérieuse.

« Marianne, j'ai trouvé quelque chose qui mérite qu'on regarde de près. »

Je me suis assise.

Elle m'a expliqué qu'un téléchargement particulièrement important avait été enregistré le jeudi soir.

Jeudi.

Deux jours avant l'anniversaire.

Le même soir où Claire avait encore préparé certains éléments de la réception.

J'ai demandé combien de documents avaient été concernés.

Sophie m'a répondu qu'il s'agissait de plus de six cents fichiers.

J'ai cru avoir mal entendu.

« Six cents ? »

Elle m'a confirmé le chiffre.

J'ai regardé la table devant moi.

La nappe était propre.

Mon café refroidissait.

Tout était parfaitement ordinaire autour de moi.

Et pourtant, je sentais quelque chose changer.

J'ai demandé depuis quel compte ces fichiers avaient été téléchargés.

Sophie a hésité.

Je connais cette hésitation.

Ce n'était pas celle d'une personne qui cherchait une réponse.

C'était celle de quelqu'un qui redoutait de la donner.

« C'était le compte professionnel de Claire. »

Je suis restée silencieuse.

Claire.

Je voulais encore croire qu'il existait une explication simple.

Une sauvegarde.

Un travail de classement.

Une préparation de campagne.

N'importe quoi.

J'ai demandé quels types de fichiers avaient été récupérés.

Sophie m'a parlé des tarifs.

Des conditions obtenues auprès de nos fournisseurs.

Des tableaux de marges.

Des listes de clients.

Des modèles de devis.

Plus elle parlait, plus je comprenais.

Ce n'était pas une sélection ordinaire de documents destinés à un travail de communication.

C'était un ensemble d'informations permettant de connaître précisément notre fonctionnement commercial.

Nos prix.

Nos relations.

Nos avantages.

Nos méthodes.

Tout ce que nous avions mis des années à construire.

J'ai demandé à Sophie si elle était certaine.

Elle m'a répondu que les journaux de connexion étaient clairs.

Il restait à vérifier ce qui avait été fait de ces fichiers.

Mais le téléchargement, lui, était enregistré.

Je me suis passée une main sur le visage.

J'aurais voulu qu'Étienne soit là.

Pas seulement pour m'aider à décider.

Pour me dire que je n'étais pas en train de m'inventer un danger.

Parce qu'à cet instant, je n'avais plus l'impression de vivre une querelle familiale.

J'avais l'impression de regarder notre entreprise depuis le bord d'un problème immense.

J'ai demandé à Sophie de ne rien modifier.

De ne rien effacer.

Et de ne pas en parler à d'autres salariés.

Elle a accepté.

Avant de raccrocher, elle m'a demandé :

« Tu veux que je prévienne Julien ? »

J'ai regardé la photographie d'Étienne qui se trouvait près de la fenêtre.

Je savais que Julien devait être informé.

Mais je voulais pouvoir lui présenter autre chose qu'un mélange de soupçons et de colère.

« Pas encore. Je vais d'abord faire vérifier tout cela correctement. »

J'ai raccroché.

Puis je suis restée assise un long moment.

La veille, dans le jardin, je m'étais sentie humiliée.

J'avais cru que le pire était d'entendre des inconnus rire de mon chagrin.

Je me trompais.

Car maintenant, je devais envisager que la femme de mon fils avait peut-être utilisé la confiance de toute notre famille pour récupérer des informations confidentielles.

Et derrière les six cents fichiers, je voyais déjà les visages de nos dix-sept salariés.

C'était cela qui me faisait peur.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : J’ai refusé de prévenir immédiatement mon fils, car je voulais savoir ce que Claire avait réellement emporté de notre entreprise familiale

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Je pensais pouvoir confier mon chagrin à ma belle-fille, jusqu’au jour où elle l’a transformé en plaisanterie devant toute la famille

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