PARTIE 7 – Deux marques de naissance semblaient enfin rendre nos identités certaines, jusqu’à ce qu’Hélène révèle pourquoi Victor les avait justement choisies

Je retirai ma chaussure dans la petite salle de la résidence.

Le geste avait quelque chose de ridicule après tout ce que nous venions d’entendre, mais personne ne sourit.

Je remontai légèrement le bas de mon pantalon.

Sur le dessus de mon pied droit, près du deuxième orteil, courait une cicatrice blanche d’un peu plus d’un centimètre.

Hélène se pencha.

Elle n’eut besoin que d’une seconde.

« C’est elle. »

Ma gorge se serra.

Marianne se rassit lentement.

Thomas regardait son épaule comme s’il pouvait effacer la tache en frottant assez fort.

La logique semblait enfin simple.

Thomas était le fils biologique de Marianne.

J’étais le fils biologique de Claire.

Antoine, selon les analyses de Sophie, était le fils de Victor et d’Élisabeth.

Trois enfants.

Trois origines.

Pour la première fois depuis le début de cette histoire, les pièces semblaient s’emboîter.

Et pourtant, Hélène ne paraissait pas soulagée.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » demandai-je.

Elle releva la tête.

« Les marques ne suffisent pas. »

Marianne soupira.

« Pourquoi ? »

« Parce que Victor connaissait leur existence. »

Thomas fronça les sourcils.

« Vous venez de dire que personne ne les avait notées. »

« Pas officiellement. »

Hélène serra ses mains.

« Moi, je les avais écrites dans un petit carnet. Victor l’a trouvé deux jours plus tard. »

Un froid me traversa.

« Il savait donc comment distinguer les bébés. »

« Oui. »

« Alors il pouvait aussi choisir précisément lequel déplacer. »

« Oui. »

L’impression de certitude se dissipa aussitôt.

Hélène expliqua que Victor avait pris son carnet et lui avait ordonné de ne jamais parler des marques.

Elle avait refusé.

Il avait menacé de la faire accuser d’une faute de surveillance ayant causé la confusion des bracelets.

« Il avait besoin que tout paraisse accidentel », dit-elle.

Thomas demanda :

« Vous pensez qu’il a utilisé ces marques pour organiser les transferts ? »

« J’en suis certaine. »

« Alors elles restent utiles. »

Hélène secoua la tête.

« Seulement si vous savez quel enfant Victor voulait envoyer où. »

Nous ne le savions pas.

Marc avait lui-même changé le plan.

Sophie avait remis certains bracelets.

Victor avait modifié les dossiers.

Trois adultes avaient agi séparément au cours des mêmes heures.

Le résultat n’était plus un échange simple.

C’était un labyrinthe.

Je demandai à Hélène ce qu’elle avait vu après deux heures du matin.

Elle ferma les yeux.

« Victor est venu chercher le bébé avec la cicatrice au pied. »

Mon cœur se serra.

« Moi ? »

« Si cette cicatrice est bien la vôtre, oui. »

« Pour l’emmener où ? »

« Dans l’ancienne salle de radiologie. »

« Pourquoi ? »

« Il a dit qu’il devait refaire des examens. »

Hélène n’y avait pas cru.

Elle l’avait suivi.

À travers la porte entrouverte, elle avait vu Victor prendre le bracelet du bébé et le remplacer.

« Avec quel numéro ? »

« Celui réservé au nourrisson d’Élisabeth. »

Ma femme inspira brusquement.

Cela signifiait qu’à ce moment précis, Victor avait transformé administrativement le fils de Claire en fils secret d’Élisabeth.

« Ensuite ? »

« Marc est arrivé. Ils se sont disputés. »

Hélène n’avait pas tout entendu.

Seulement quelques phrases.

Victor répétait : « Celui-ci doit sortir. »

Marc répondait : « Pas comme ça. »

Puis Victor avait quitté la pièce.

« Marc a pris le bébé ? »

« Oui. »

Thomas se raidit.

« Donc Marc m’a peut-être emporté, lui. »

Il me désigna.

Je compris.

Si Marc avait pris l’enfant à la cicatrice, alors j’aurais dû grandir comme Thomas.

Mais ce n’était pas le cas.

« Quelqu’un l’a donc changé encore une fois », dit ma femme.

Hélène acquiesça.

« C’est ce que je crois. »

Elle se souvenait d’avoir revu le bébé à la cicatrice plus tard, dans une autre chambre.

Donc Marc avait soit pris un autre enfant, soit ramené celui-là.

« Et le bébé avec la marque sur l’épaule ? » demanda Marianne.

Hélène réfléchit.

« Je l’ai vu vers trois heures. Sophie le tenait. »

Sophie confirma lorsque nous l’appelâmes.

« Je m’en souviens maintenant », dit-elle. « Je croyais qu’il était celui de Claire à cause du bracelet. »

« Mais c’était celui de Marianne », répondis-je.

« Probablement. »

Probablement.

Ce mot devenait insupportable.

Thomas se leva et fit quelques pas jusqu’à la fenêtre.

« Nous parlons comme si ces bébés étaient des dossiers déplacés sur une table. »

Personne ne répondit.

Il se retourna.

« L’un d’eux était moi. L’un était vous. Et un autre homme, Antoine, ignore peut-être encore tout. »

Il avait raison.

Nous avions passé des heures à reconstruire les choix de Victor sans penser à l’homme qui portait peut-être encore le mensonge principal.

Je décidai que nous devions retrouver Antoine avant toute autre chose.

Thomas connaissait une ancienne adresse.

Marc lui avait interdit de contacter Antoine de son vivant.

Cela seul suffisait à comprendre qu’ils étaient liés.

Nous quittâmes Hélène en début de soirée.

Avant de partir, elle me retint par le bras.

« Claire est venue me voir. »

Je me retournai.

« Quand ? »

« Quelques semaines avant sa mort. »

Cette fois, je n’étais même plus surpris.

« Elle savait pour les marques ? »

« Oui. »

« Elle savait que je pouvais être son fils biologique ? »

Hélène me regarda avec tristesse.

« Elle espérait surtout que vous ne l’étiez pas. »

La phrase me heurta.

« Pourquoi ? »

« Parce qu’elle avait découvert ce que Victor faisait aux enfants qu’il surveillait. »

Je restai immobile.

« Qu’est-ce qu’il faisait ? »

« Des tests. Des suivis. Des prélèvements. Pas seulement médicaux. »

Elle s’interrompit.

« Claire pensait que l’enfant qu’elle avait élevé avait peut-être été choisi pour une raison. »

« Quelle raison ? »

« Votre groupe sanguin. »

Je ne compris pas.

Hélène précisa que Victor avait dirigé, à l’époque, un programme expérimental de compatibilité tissulaire. Officiellement destiné à la recherche néonatale.

Certaines données avaient disparu après la fermeture de Saint-Roch.

« Vous pensez qu’il échangeait les enfants pour la recherche ? »

« Non. »

Hélène secoua la tête.

« Je pense que la recherche lui a donné l’idée de ce qu’il pouvait faire une fois l’erreur commise. »

La nuance était pire.

Dans la voiture, ma femme chercha Antoine Delcourt.

Nous trouvâmes un architecte portant ce nom, âgé de vingt-sept ans, installé à Orléans.

Thomas reconnut immédiatement sa photographie.

« C’est lui. »

Nous appelâmes son cabinet.

Il était absent jusqu’au lendemain.

Je laissai un message demandant une rencontre urgente concernant Marc Delcourt.

Une heure plus tard, mon téléphone sonna.

« Vous avez demandé après Marc ? »

La voix était ferme, prudente.

« Oui. Vous êtes Antoine ? »

« Qui êtes-vous ? »

Je donnai mon nom.

Silence.

Puis :

« Je connais ce nom. »

Je regardai Thomas.

« Comment ? »

« Une femme m’a écrit il y a six ans. Claire. »

Mon cœur manqua un battement.

« Qu’est-ce qu’elle vous voulait ? »

« Elle disait que nos familles étaient liées par Saint-Roch. »

« Vous l’avez rencontrée ? »

« Une fois. »

« Pourquoi ne lui avez-vous pas répondu ensuite ? »

Antoine sembla surpris.

« Je lui ai répondu. »

Je me redressai.

« Elle m’a envoyé des résultats de laboratoire. Puis elle m’a appelé et m’a dit de ne plus jamais la contacter. »

« Quand ? »

Il donna une date.

Trois semaines avant la mort de ma mère.

Je notai.

« Qu’est-ce que les résultats disaient ? »

« Que Marc n’était pas mon père. »

« Et Victor Lemaire ? »

Silence.

« Qui vous a parlé de Victor ? »

« Répondez-moi. »

Antoine expira.

« Claire disait qu’il était probablement mon père biologique. »

Je regardai Thomas.

« Vous avez fait un test indépendant ? »

« Oui. »

« Résultat ? »

« Victor était mon père. »

Cela confirmait au moins une pièce.

Je demandai alors :

« Et votre mère ? »

Antoine se tut.

« Antoine ? »

« Claire voulait savoir la même chose. »

« Vous avez testé Élisabeth ? »

« Non. »

« Pourquoi ? »

Sa voix devint plus basse.

« Parce qu’Élisabeth Delcourt n’est pas ma mère. »

Je fronçai les sourcils.

« Comment le savez-vous ? »

« Parce qu’elle me l’a dit elle-même avant de mourir. »

Thomas s’approcha du téléphone.

« Alors qui est votre mère ? »

Long silence.

Puis Antoine répondit :

« Elle m’a donné un nom. »

Mon souffle se suspendit.

« Lequel ? »

« Marianne Vasseur. »

Je tournai lentement les yeux vers Marianne.

Elle devint livide.

« Non », murmura-t-elle.

Antoine poursuivit, ignorant qu’elle se trouvait à côté de moi.

« D’après Élisabeth, Victor affirmait que Marianne était ma mère biologique. »

Le monde sembla se retourner encore une fois.

Thomas avait la marque de naissance de Marianne.

Antoine avait la paternité de Victor.

Et pourtant Victor avait prétendu qu’Antoine était né de Marianne.

Je demandai :

« Vous avez vérifié ? »

« Non. Marianne avait disparu. »

Je regardai la femme devant moi.

« Elle ne l’est plus. »

Antoine resta silencieux.

Puis :

« Où êtes-vous ? »

Je lui donnai notre ville.

« Ne bougez pas. J’arrive. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 8 : Antoine arriva avec une lettre d’Élisabeth qui nommait enfin la mère du troisième bébé, puis mon père reconnut sa propre signature

Story Parts

La femme entrée chez mon père pendant ma nuit de noces tenait une clé qu’elle n’aurait jamais dû posséder

Part 7 of 15

Previous: Part 6
Next: Part 8

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *