PARTIE 12 – La dernière visite de Patricia à Maman semblait expliquer le cambriolage, jusqu’à ce qu’un détail médical transforme notre enquête en question beaucoup plus grave

Je cessai d’entendre le reste de la pièce pendant quelques secondes.

« Quand ? »

Wayne releva les yeux.

« Onze jours avant la mort d’Evelyn. »

Onze jours.

Le même jour que l’enregistrement confié à Daniel Brooks.

Je me tournai vers Mara.

Elle avait déjà compris.

« Monsieur Carter, à quelle heure Patricia est-elle allée voir votre belle-sœur ? »

« Je ne sais pas exactement. »

« Comment savez-vous qu’elle y est allée ? »

« Elle m’a appelé après. »

« Pourquoi ? »

Wayne passa une main sur sa bouche.

« Elle était furieuse. »

« Contre Evelyn ? »

« Contre moi. Elle disait que je lui avais laissé croire qu’Evelyn n’avait que des soupçons. En réalité, elle avait les dossiers, la cassette potentielle, les paiements, le nom de Martin. »

« Et qu’a dit Patricia ? »

Wayne regarda l’avocat.

Celui-ci intervint.

« Mon client peut répondre dans la mesure où il rapporte la conversation. »

Wayne reprit.

« Elle a dit : “Il faut que ça s’arrête maintenant.” »

Un frisson me traversa.

Mara demanda :

« Qu’avez-vous compris ? »

« Qu’elle voulait récupérer les documents. »

« Pas faire du mal à Evelyn ? »

« Non. »

« Vous en êtes certain ? »

Wayne hésita.

« Je ne sais plus de quoi je suis certain. »

Je m’agrippai au bord de la table.

Maman était morte d’une complication médicale après une période de maladie.

Tout le monde nous l’avait présenté ainsi.

Je n’avais jamais remis cela en cause.

Mara posa la question que je n’osais pas formuler.

« Evelyn Carter est-elle morte à l’hôpital ? »

« Oui », répondis-je.

« Après combien de temps ? »

« Trois jours après sa dernière admission. »

« Et onze jours avant, Patricia lui rend visite. »

« Oui. »

« Avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel dans son état après cette visite ? »

Je voulus répondre non.

Puis un souvenir revint.

Maman m’avait appelée ce soir-là.

Sa voix était étrange.

Pas confuse.

Épuisée.

Elle avait dit : « J’ai eu une visite désagréable. »

Je lui avais demandé qui.

Elle avait répondu : « Quelqu’un qui aurait préféré que je reste une vieille femme facilement impressionnable. »

À l’époque, j’avais cru qu’elle parlait d’un problème d’assurance.

Je regardai Mara.

« Elle m’a appelée ce soir-là. »

« Qu’a-t-elle dit ? »

Je répétai la phrase.

Mara nota.

« Autre chose ? »

« Elle m’a demandé si je pouvais venir le lendemain. »

La culpabilité arriva immédiatement.

J’avais répondu que j’avais une réunion tôt le matin.

J’étais venue deux jours plus tard.

Maman paraissait plus faible.

« Quand je suis arrivée, elle avait des nausées. »

Russell leva les yeux.

« Elle en avait déjà avant. »

« Oui, mais pas comme ça. »

Je me souvenais maintenant.

Elle avait eu du mal à garder son thé.

Elle se plaignait d’un goût métallique dans la bouche.

Je l’avais conduite chez son médecin le lendemain.

Il avait parlé d’effets secondaires de médicaments.

« Quels médicaments prenait-elle ? » demanda Mara.

Je les énumérai aussi bien que possible.

Traitement cardiaque.

Anticoagulant.

Médicament contre la douleur.

Un autre pour l’estomac.

Mara ne réagit pas.

« Avez-vous encore les flacons ? »

« Peut-être dans l’armoire de la salle de bains. »

« Ne les touchez pas. »

Russell se pencha.

« Vous pensez qu’elle a été empoisonnée ? »

Mara répondit immédiatement :

« Je n’ai pas dit ça. »

« Mais vous le pensez assez pour récupérer les médicaments. »

« Je pense qu’une chronologie inhabituelle mérite d’être vérifiée. »

Wayne semblait blême.

« Patricia ne ferait pas ça. »

Je tournai la tête vers lui.

« Tu viens de nous expliquer qu’elle a falsifié des dossiers pendant vingt ans. »

« C’est différent. »

« Pour toi peut-être. »

Mara interrompit.

« Nous ne tirerons aucune conclusion sans données médicales. »

Elle se leva et demanda à un adjoint de faire récupérer les médicaments avec une autorisation.

Je restai assise.

Russell posa sa main sur son genou.

« Linda. »

« Quoi ? »

« Elle était malade avant cette visite. »

« Je sais. »

« Très malade. »

« Je sais. »

Il essayait de me protéger d’une conclusion prématurée.

Pour une fois, je l’en remerciai silencieusement.

Une heure plus tard, nous quittâmes le bureau.

Carl Mercer avait été localisé chez lui.

Deux adjoints étaient partis le chercher pour une nouvelle audition.

Il avait menti sur son rôle dans l’accident.

Cette certitude suffisait déjà à me donner la nausée.

Je rentrai chez Maman avec Mara.

Elle voulait récupérer les médicaments, vérifier les agendas et voir s’il existait une trace de la visite de Patricia.

Dans la cuisine, je regardai le calendrier mural.

Maman notait tout.

Dentiste.

Pharmacie.

Paiement assurance.

Appeler Linda.

Le jour correspondant à onze jours avant sa mort portait seulement deux mots :

P. — 16 h.

À côté, un trait noir.

Et plus bas :

D.B. après.

Daniel Brooks après.

Donc Maman avait vu Patricia, puis appelé Daniel pour enregistrer sa déclaration.

Cela signifiait qu’elle avait encore été suffisamment lucide après la visite pour organiser ce mécanisme de sauvegarde.

Mara photographia le calendrier.

« Est-ce que votre mère écrivait parfois des notes ailleurs le même jour ? »

« Dans son carnet. »

Je pris le carnet déjà saisi en photo et autorisé à rester temporairement sous ma garde.

Nous cherchâmes la date.

Une page entière.

16 h 10 — Patricia.

Elle sait pour le coffre.

Elle affirme que Martin a fait tout cela seul.

Faux.

Je lui ai montré une copie de l’annotation P.H.

Elle a changé de version.

Mara lut au-dessus de mon épaule.

Plus bas :

Elle veut que je lui rende les originaux pour « protéger Linda et Russell ».

Elle dit que Wayne parlera si je continue.

Je lui ai demandé si c’était une menace.

Elle a répondu : « C’est un avertissement. »

Je sentis mes doigts devenir froids.

La dernière ligne :

Après son départ, vérifier médicament neuf dans pilulier. Je ne l’ai pas mis là.

Mara posa immédiatement un doigt près de la phrase sans toucher la page.

« Quel médicament neuf ? »

Je secouai la tête.

« Je ne sais pas. »

« Votre mère préparait elle-même son pilulier ? »

« Toujours. »

Russell, derrière nous, répondit :

« Sauf quand elle était trop faible. Je l’aidais parfois. »

Je me tournai vers lui.

« Tu avais préparé celui de cette semaine-là ? »

« Non. »

« Qui alors ? »

Il réfléchit.

« Peut-être l’aide-soignante. »

« Elle venait quels jours ? »

« Mardi et vendredi. »

Je regardai le calendrier.

Patricia était venue un jeudi.

Mara appela immédiatement quelqu’un.

Elle demanda que les piluliers, flacons et déchets médicaux encore présents soient conservés.

Je n’aimais pas la direction prise.

Je n’aimais pas du tout.

« Maman aurait pris un comprimé qu’elle ne reconnaissait pas ? »

« Pas forcément », dit Mara. « Elle a pu le retirer. Elle a pu le garder. Nous devons chercher. »

Russell ouvrit les tiroirs de la cuisine, puis s’arrêta.

« Elle avait une habitude. »

« Laquelle ? »

« Quand elle trouvait un médicament qu’elle ne reconnaissait pas, elle le mettait dans une enveloppe et écrivait la date. Elle faisait ça pour montrer au pharmacien. »

Je me souvenais maintenant.

Après une erreur de dosage des années auparavant.

« Où gardait-elle les enveloppes ? »

« Dans le tiroir de la salle de bains. »

Mara nous fit rester derrière elle.

La salle de bains avait été partiellement fouillée lors du cambriolage, mais pas saccagée.

Dans le troisième tiroir, sous des compresses, se trouvaient quatre petites enveloppes.

Trois anciennes.

Une récente.

Date : onze jours avant le décès.

À l’intérieur, un comprimé blanc.

Mara ne le toucha pas.

« Personne ne manipule ça. »

Elle appela les techniciens.

Je regardais ce petit comprimé posé dans l’enveloppe comme s’il pouvait parler.

« Ça peut être n’importe quoi », dit Russell.

« Oui. »

Je voulais le croire.

Les analyses ne seraient pas instantanées.

Mais Mara obtint rapidement les dossiers médicaux avec l’accord nécessaire de la succession.

Le médecin de Maman avait documenté ses symptômes après cette date.

Nausées.

Faiblesse accrue.

Confusion intermittente.

Troubles du rythme cardiaque.

Tous compatibles avec sa maladie et ses traitements.

Aucun n’était une preuve.

Le soir même, Mara revint avec une autre information.

« Nous avons vérifié les caméras de la banque. »

Je l’écoutai depuis la cuisine.

« Patricia a quitté la banque hier matin à 10 h 37. »

« Avant que je découvre sa carte chez Maman. »

« Oui. »

« Où est-elle allée ? »

« Sa voiture apparaît sur une caméra municipale à quatre rues d’ici à 11 h 02. »

Russell se redressa.

« Donc elle était près de la maison. »

« Oui. »

« Elle a cambriolé. »

« Pas encore prouvé. »

Mara poursuivit :

« Mais une autre caméra montre son véhicule quittant le quartier vingt minutes plus tard. »

Je regardai la porte arrière.

La carte magnétique.

Les tiroirs.

La caisse à outils.

« Vous la cherchez ? »

« Oui. »

« Elle a fui ? »

« Nous ne savons pas. »

Son téléphone vibra.

Elle lut le message.

Son visage changea.

« Quoi ? »

« Carl Mercer vient de faire une déclaration complète. »

Je me raidis.

« Sur quoi ? »

« Il reconnaît avoir conduit le camion de dépannage le soir de l’accident. Il confirme la version de Wayne. »

Russell ferma les yeux.

« Encore un mensonge. »

« Il affirme également que Patricia était présente au garage après l’accident et qu’elle a donné les instructions précises sur ce qui devait être modifié. »

« Et le médicament ? »

« Carl ne sait rien à ce sujet. »

Mara marqua une pause.

« Mais il nous a donné autre chose. »

« Quoi ? »

« Un ancien carnet de Martin Hale. »

Je la fixai.

« Il avait ça depuis quand ? »

« Depuis la mort de Martin. »

« Et il ne l’a jamais remis à Maman ? »

« Non. »

Une autre trahison.

« Qu’est-ce qu’il contient ? »

Mara ouvrit une copie photographique.

Des initiales.

Des dates.

Des montants.

P.H. apparaissait plusieurs fois.

Puis, près de l’année de l’accident :

P. veut que tout soit propre avant expertise.

Et beaucoup plus récemment, seulement trois mois avant la mort de Maman :

P. a appelé. Evelyn remonte les dossiers. Elle cherche Jefferson.

Je levai les yeux.

« Martin était mort depuis six ans. »

« Ce carnet était à Carl. Cette dernière note est donc de Carl, pas de Martin. Il utilisait les pages restantes. »

« Patricia l’a appelé il y a trois mois. »

« C’est ce qu’il affirme. »

Je pensai à Carl me disant que Maman était devenue plus prudente.

Il savait bien davantage.

« Elle voulait quoi ? »

« Selon lui, savoir ce qu’Evelyn avait appris et si Carl lui avait rendu l’argent. »

« Il a menti ? »

« Oui. Il a dit non. »

« Et ensuite il a rendu les 18 940 dollars à Maman. »

« Oui. »

« Donc Patricia a appris plus tard qu’il avait changé de camp. »

Mara hocha la tête.

« Probablement. »

Je m’assis.

Le schéma devenait presque visible.

Patricia protégeait un système ancien.

Maman reconstruisait la vérité.

Carl finissait par coopérer.

Wayne parlait.

Russell gardait la clé et sa honte.

Puis Maman mourait.

« Combien de temps pour analyser le comprimé ? »

« Le laboratoire priorise. »

« Et si c’est simplement un médicament normal ? »

« Alors nous le traiterons comme tel. »

« Et si ce n’est pas le cas ? »

Mara ne répondit pas immédiatement.

« Alors nous devrons revoir les circonstances de la mort de votre mère. »

Le téléphone de Russell vibra.

Il regarda l’écran.

« C’est un numéro inconnu. »

« Ne réponds pas », dit Mara.

Le message apparut.

Russell pâlit.

Il me tendit le téléphone.

Une photographie.

Patricia.

Assise dans une voiture.

Vivante.

Elle tenait une feuille sur laquelle étaient écrits quatre mots :

LINDA DOIT VENIR SEULE.

Sous la photo, une adresse.

Puis une phrase :

Si vous voulez savoir ce qui est arrivé à Evelyn, pas de police.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : Le message de Patricia exigeait que je vienne seule, mais l’adresse qu’elle avait choisie révélait surtout qu’elle connaissait le dernier refuge de Papa

Story Parts

Neuf jours après l’enterrement de Maman, une boîte de farine trop lourde m’a conduite vers le secret qu’elle redoutait encore de révéler

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