Personne ne parla pendant plusieurs secondes.
Marcus relut le message.
« Pourquoi moi ? »
Elaine s’assit lentement.
« Parce que Victor pensait que tu pouvais te souvenir de quelque chose que Vane cherche depuis plus de trente ans. »
Mon frère eut un rire sans humour.
« Je me souviens à peine de mon enfance. »
« Vane ne peut pas en être certain. »
Je pensai immédiatement aux visites de « l’oncle Charles ».
Aux cadeaux.
Aux questions répétées.
Aux casiers métalliques.
« Il t’interrogeait déjà quand tu étais enfant », dis-je.
Marcus acquiesça.
« Oui. »
Elaine demanda s’il se souvenait d’un endroit précis lié à son père.
Marcus réfléchit.
« Un sous-sol. Peut-être. Des murs verts. Beaucoup de casiers. »
Benedict releva la tête.
« Les archives de Mercer Development. »
Tout le monde se tourna vers lui.
Il expliqua que l’ancien siège de Mercer possédait autrefois un sous-sol rempli de casiers de stockage.
Michael y travaillait parfois la nuit.
« Vane pensait donc que mon père avait caché quelque chose là-bas. »
« Probablement. »
L’enquêteur demanda si le bâtiment existait encore.
Elaine répondit :
« Oui, mais il appartient maintenant à une autre société. »
Nous nous y rendîmes avec une équipe.
L’ancien siège de Mercer se trouvait dans un quartier d’affaires à moitié déserté.
La façade avait été rénovée.
Le sous-sol, presque pas.
Derrière une porte métallique, nous découvrîmes plusieurs rangées de vieux casiers.
Beaucoup avaient été forcés ou vidés lors de changements de propriétaires.
Marcus entra lentement.
Son visage changea.
« Je suis déjà venu ici. »
Loretta le regarda.
« Avec ton père ? »
« Je crois. »
Il avança jusqu’à une rangée près du mur du fond.
Puis s’arrêta devant un emplacement sans porte.
« Là. »
Benedict s’approcha.
« Numéro 18. »
Le casier était vide.
Mais à l’intérieur, gravées dans le métal, se trouvaient deux initiales.
M.J.
Michael Junior.
Marcus passa les doigts dessus.
« C’est mon écriture. »
Je ressentis un vertige.
Mon père avait amené son fils ici avant son enlèvement.
Pourquoi ?
Un policier examina le fond du casier.
Une plaque métallique semblait plus récente que les autres.
Elle fut retirée.
Derrière, un compartiment étroit.
Vide.
À l’exception d’un reçu bancaire.
Très ancien.
Presque effacé.
Elaine le prit avec des gants.
Le document mentionnait une banque privée aujourd’hui fermée.
Et un numéro de coffre.
42.
Nous regardâmes tous la clé posée plus tôt par Marcus.
Victor n’avait donc pas choisi ce numéro au hasard.
Le coffre 42 existait depuis l’époque de Michael.
« Victor a trouvé ce reçu », murmurai-je.
Elaine acquiesça.
« Et il a donné la clé à Marcus. »
L’enquêteur obtint l’autorisation d’accéder au coffre.
La banque avait été absorbée par un autre établissement, mais les anciens coffres existaient encore dans une annexe sécurisée.
Nous arrivâmes en début d’après-midi.
Le responsable vérifia les documents.
Puis la clé.
Le coffre 42 s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une enveloppe plastifiée.
Une cassette audio.
Et une photographie.
Michael.
Mon père.
Plus jeune.
À côté de lui, Victor.
Daniel.
Et Charles Vane.
Ils se tenaient devant la carrière abandonnée au nord de Saint Alden.
Je connaissais l’endroit.
Tout le monde le connaissait.
Une exploitation fermée après un accident grave.
« Pourquoi là ? »
Elaine prit l’enveloppe.
À l’intérieur, plusieurs pages photocopiées du registre de Vane.
Noms.
Montants.
Dates.
L’un des versements était entouré.
À côté :
T. VALE — GARDE M.J. — RENOUVELLEMENT ANNUEL.
Loretta s’effondra sur une chaise.
Même après tout ce qu’elle avait appris, voir le paiement noir sur blanc fut différent.
Son fils avait été une ligne comptable.
Un coût annuel.
Une dépense à maintenir.
Marcus fixa le document sans expression.
Puis il demanda :
« Il payait Nora et Thomas chaque année ? »
Elaine répondit doucement.
« Oui. »
« Même quand je pensais qu’ils étaient ma famille. »
Personne ne répondit.
Je pris la cassette.
Une date était inscrite dessus.
Deux semaines avant la disparition de mon père.
La banque possédait encore un vieux lecteur dans une salle d’archives.
Nous l’écoutâmes.
La voix de Michael remplit la pièce.
Mon père.
Plus jeune.
Fatigué.
« Si quelqu’un écoute ceci, c’est que je n’ai pas réussi à revenir. »
Loretta ferma les yeux.
Il expliquait qu’il avait découvert où son fils avait été gardé.
Mais Marcus avait déjà disparu de chez Nora et Thomas.
Vane ignorait que Michael avait trouvé cette information.
Michael avait donc décidé de faire croire qu’il cessait ses recherches.
En parallèle, Victor et lui copiaient le registre.
Puis mon père prononça quelque chose qui changea encore la chronologie.
« Daniel m’a aidé. »
Benedict fronça les sourcils.
Michael expliquait que Daniel Mercer avait fourni des accès aux comptes de Vane.
Pas par courage.
Parce qu’il avait peur d’être sacrifié.
Mais cela avait suffi.
« Si Vane comprend que Daniel m’a aidé, il le tuera. S’il comprend que Victor possède l’original du registre, il tuera Victor. Et s’il comprend que Marcus est vivant, il recommencera à le chercher. »
La cassette grésilla.
Puis mon père ajouta :
« Claire ne doit jamais savoir que sa maladie a été utilisée contre nous. Elle se croira responsable. Elle ne l’est pas. »
Je baissai les yeux.
Même absent, il continuait à essayer de décider ce que j’avais le droit de savoir.
La bande continua.
« Loretta, si tu entends ça, je suis désolé. Je sais que ce que je vais faire ressemble à un abandon. Mais Vane ne doit pas avoir trois leviers contre moi. Il ne peut pas garder ma femme, ma fille et mon fils dans sa main. »
Ma mère pleurait silencieusement.
Puis vint la dernière phrase.
« Victor sait où me trouver. Elaine sait comment joindre Victor. Benedict sait seulement ce qu’il doit savoir. Ne faites confiance à personne entièrement. Pas même à moi. »
La cassette s’arrêta.
Personne ne parla.
Même Benedict semblait frappé par cette dernière phrase.
L’enquêteur reprit les documents.
« La carrière. Pourquoi la photo ? »
Elaine réfléchit.
« Victor a été blessé là-bas. »
Elle nous raconta enfin ce qui s’était passé.
Des années auparavant, Victor avait tenté de remettre une partie des preuves à un procureur.
Vane l’avait découvert.
Un rendez-vous lui avait été tendu à la carrière.
Victor avait survécu à une chute dans un ravin.
Tout le monde l’avait cru mort.
Daniel avait aidé à faire disparaître son corps administratifement.
« Donc Daniel a sauvé Victor. »
« Oui. »
« Et maintenant Vane veut Daniel pour trouver Victor. »
Elaine acquiesça.
Un policier entra dans la salle.
Il venait de recevoir une information urgente.
Daniel Mercer avait été localisé.
Pas par eux.
Par Vane.
Une caméra de circulation avait filmé Daniel entrant dans un véhicule à la sortie d’un motel deux heures plus tôt.
Le véhicule appartenait à une société-écran liée à Charles Vane.
Benedict se leva.
« Ils l’ont pris. »
Elaine devint livide.
« Alors Vane a ce qu’il voulait. »
« Pas encore », dis-je. « Daniel peut refuser de parler. »
Elaine me regarda.
« Il peut. »
Puis elle ajouta :
« Mais Vane connaît le seul moyen de le faire céder. »
« Lequel ? »
Elaine baissa les yeux vers la photographie de Marianne.
« Daniel croit encore que Vane possède la preuve de ce qui est réellement arrivé à sa femme. »
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 12 : La vérité sur la mort de Marianne força Daniel à choisir entre Victor et Vane, tandis que Marcus retrouvait enfin une trace directe de notre père
Le nouvel homme dans la vie de ma mère connaissait mon père disparu, alors qu’elle jurait ne les avoir jamais présentés
Part 11 of 16
