PARTIE 10 – Mon frère accepté de rencontrer Loretta, mais ses souvenirs d’enfance révélaient que Vane avait surveillé notre famille bien avant sa disparition

Marcus refusa de venir au commissariat.

Il refusa aussi de donner son adresse exacte.

« Il y avait des voitures de police devant la maison où je logeais », dit-il. « Je ne savais pas si elles venaient pour m’aider ou m’arrêter. »

Sa méfiance était compréhensible.

Toute sa vie reposait sur une succession de mensonges organisés par des adultes.

L’enquêteur lui demanda de décrire l’endroit où il se trouvait.

Marcus mentionna une ancienne station-service, une route côtière et une enseigne rouge renversée.

Les policiers reconnurent le secteur.

« Nous pouvons envoyer deux agents en civil », proposa l’enquêteur.

« Non. »

« Monsieur Vale… »

« Je viens seulement si Loretta vient. »

Il n’avait pas dit « ma mère ».

Pas encore.

Loretta répondit immédiatement.

« J’y vais. »

Je l’accompagnai.

Deux policiers nous suivirent à distance.

Benedict resta au commissariat avec Elaine. Mon père, lui, restait toujours introuvable.

Cette pensée me frappa pendant le trajet.

Nous allions rencontrer mon frère disparu depuis plus de trente ans, alors que notre père, vivant quelque part selon les dernières informations d’Elaine, demeurait encore absent.

Notre famille semblait incapable de se réunir autrement qu’en fragments.

La station-service était abandonnée depuis longtemps.

Les pompes avaient été retirées.

L’ancien magasin était couvert de poussière et de graffitis.

Une seule voiture se trouvait sur le parking.

Un homme attendait près d’elle.

Une quarantaine d’années.

Veste sombre.

Cheveux poivre et sel.

Pendant une seconde, je ne reconnus rien.

Puis il tourna la tête.

Et je vis mon père.

Pas celui de mes souvenirs.

Celui des vieilles photographies.

La même ligne de sourcils.

La même façon de serrer la mâchoire lorsqu’il était inquiet.

Loretta s’arrêta à plusieurs mètres.

Marcus ne bougea pas.

Ils se regardèrent longtemps.

Puis ma mère prononça un prénom.

« Mikey. »

Marcus fronça les sourcils.

« Je ne me souviens pas que vous m’appeliez comme ça. »

Loretta commença à pleurer.

« Moi, oui. »

Il baissa les yeux.

« Est-ce que j’avais peur des orages ? »

La question sembla déchirer quelque chose en elle.

« Oui. Tu venais t’allonger devant notre porte parce que tu disais être trop grand pour dormir dans notre lit. »

Marcus releva brusquement la tête.

« J’ai ce souvenir. Je pensais l’avoir inventé. »

Ma mère fit un pas.

« Tu avais une couverture verte avec des voitures. Tu refusais de manger les petits pois. Tu t’es cassé le poignet à neuf ans en tombant d’un arbre. Ton père t’avait interdit de grimper dessus et tu voulais lui prouver qu’il avait tort. »

Marcus regarda son poignet gauche.

« J’ai encore mal quand il fait froid. »

Loretta étouffa un sanglot.

Il s’approcha enfin.

Elle posa les deux mains sur son visage.

Marcus ferma les yeux.

Ils restèrent ainsi plusieurs secondes.

Je regardai ailleurs.

Certains instants ne supportent pas les témoins.

Lorsqu’ils se séparèrent, Marcus me regarda.

« Tu es… »

« Claire. Ta sœur. »

Un sourire fragile apparut.

« J’ai une sœur. »

Je ne savais pas quoi répondre à une phrase qui contenait trente années perdues.

Alors je dis seulement :

« Oui. »

Nous nous assîmes sur le capot de sa voiture.

Les policiers restèrent assez loin pour ne pas interrompre.

Marcus raconta ses souvenirs.

Le jour de sa disparition, un homme l’avait abordé près du parc après son entraînement.

Il connaissait le prénom de son père.

Il lui avait dit que Loretta avait eu un accident et qu’il fallait l’emmener à l’hôpital.

Marcus était monté.

Ensuite, les souvenirs devenaient flous.

Une maison.

Des médicaments.

Une femme appelée Nora.

Un homme appelé Thomas Vale.

« Ils m’ont dit que mes parents étaient morts. »

Loretta se couvrit la bouche.

« Je les ai crus. J’étais malade pendant plusieurs jours. Je pensais avoir eu un accident moi aussi. »

« Vane venait-il vous voir ? » demandai-je.

Marcus fronça les sourcils.

« Je ne connaissais personne sous ce nom. »

Je lui montrai une photographie de Charles Vane.

Son visage changea.

« Lui. »

Loretta saisit son bras.

« Tu le connais ? »

« Il disait s’appeler Oncle Charles. »

Un froid parcourut mon dos.

Marcus expliqua que « Charles » venait deux ou trois fois par an.

Il apportait des cadeaux.

Il posait surtout beaucoup de questions.

Sur les souvenirs de Marcus.

Sur son père.

Sur un bureau avec des casiers métalliques.

Sur des carnets.

Sur des noms.

« Il cherchait quelque chose dans ta mémoire », murmurai-je.

Marcus acquiesça.

À dix-sept ans, Nora était tombée gravement malade.

Thomas avait commencé à boire.

Un soir, il avait avoué que Marcus n’était pas leur neveu.

Ils avaient été payés pour l’élever.

Marcus était parti.

Il avait changé plusieurs fois de ville.

Ses documents portaient toujours le nom Marcus Vale.

Il avait essayé de retrouver son passé, mais toutes les pistes s’arrêtaient avant son arrivée chez Nora et Thomas.

Puis, deux ans plus tôt, un homme l’avait contacté.

Victor Hale.

Loretta et moi échangeâmes un regard.

« Victor t’a trouvé. »

« Oui. »

Il avait montré à Marcus une photographie d’enfant.

Puis une photo de Loretta et Michael.

Marcus n’avait pas voulu y croire.

Victor lui avait proposé un test ADN à partir d’un échantillon ancien appartenant à Michael.

Marcus avait d’abord refusé.

Puis accepté.

Le résultat confirmait une parenté biologique directe.

« Pourquoi tu n’es pas venu nous voir ? » demanda Loretta.

Marcus baissa les yeux.

« Victor m’a dit que l’homme qui m’avait fait disparaître savait peut-être déjà qu’il m’avait retrouvé. Il voulait attendre d’avoir assez de preuves. »

Je sentis une colère familière.

Encore un homme convaincu que protéger quelqu’un signifiait décider à sa place.

« Et Victor maintenant ? »

Marcus se raidit.

« Je ne l’ai pas vu depuis trois semaines. »

« Tu sais où il est ? »

Il hésita.

« Je sais où il était. »

Nous appelâmes immédiatement l’enquêteur.

Marcus accepta finalement de nous suivre.

Lorsque nous entrâmes au commissariat, Michael n’était évidemment toujours pas là.

Mais Benedict, lui, se trouvait dans la salle.

Marcus s’arrêta.

Son visage se ferma.

« Je le connais. »

Benedict se leva lentement.

« Marcus. »

Mon frère le frappa.

Un vrai coup de poing.

Benedict tomba contre une chaise.

Deux policiers s’interposèrent.

Marcus respirait vite.

« Tu étais venu chez eux. »

Benedict ne nia pas.

« Oui. »

« Tu savais qui j’étais. »

« Oui. »

« Et tu m’as laissé là. »

« Oui. »

Marcus voulut avancer de nouveau.

Je lui pris le bras.

« Pas maintenant. »

Il me regarda.

Puis il recula.

Elaine entra quelques minutes plus tard.

Marcus la reconnut également.

« Victor parlait de vous. »

« Qu’est-ce qu’il disait ? »

« Que vous étiez la seule personne encore capable de comprendre ses dossiers s’il lui arrivait quelque chose. »

Elaine pâlit.

« Il t’a donné quelque chose ? »

Marcus hésita.

Puis sortit de sa veste une petite clé.

« Il m’a demandé de la garder. »

Le métal portait un numéro.

42.

Elaine fixa la clé.

« Je connais ça. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Un coffre privé dans une ancienne banque de Saint Alden. Victor l’utilisait avant sa disparition. »

L’enquêteur s’approcha.

« Il contient le registre ? »

Elaine secoua la tête.

« Je ne sais pas. »

Marcus posa la clé sur la table.

Puis il ajouta :

« Victor m’a donné autre chose. »

Il sortit un morceau de papier plié.

Un message écrit à la main.

SI ELAINE DISPARAÎT, NE CHERCHEZ PAS VICTOR. VANE A DÉJÀ TROUVÉ MICHAEL.

Mon frère regarda autour de lui.

« Je pensais qu’il parlait de mon père. »

Elaine blêmit.

Loretta aussi.

Je compris avant que quelqu’un parle.

Il y avait deux Michael.

Mon père.

Et mon frère.

« Alors lequel ? » demandai-je.

Elaine regarda Marcus.

« Toi. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 11 : Le message de Victor révéla pourquoi Vane voulait retrouver Marcus vivant, tandis qu’un dossier bancaire reliait enfin mon père à l’endroit où tout avait commencé

Story Parts

Le nouvel homme dans la vie de ma mère connaissait mon père disparu, alors qu’elle jurait ne les avoir jamais présentés

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