PARTIE 4 – Elaine détenait le secret que mon père avait fui pour protéger, mais retrouver cette femme signifiait réveiller un ennemi resté silencieux neuf ans

Nous quittâmes la gare avec le sac de mon père, ses carnets et davantage de questions que lorsque nous étions arrivés.

Loretta refusa de rentrer avec Benedict.

Elle monta dans ma voiture sans lui adresser un regard.

Il resta quelques secondes sur le trottoir, les mains dans les poches de son manteau.

« Claire. »

Je baissai la vitre.

« Quoi ? »

« Les documents ne doivent pas rester chez vous. »

« Je ne vais certainement pas vous les donner. »

« Je ne te le demande pas. Dépose-les chez un avocat ou à la police. Mais ne les garde pas à la maison. »

Il regarda ma mère.

« Quelqu’un savait où se trouvait la consigne. »

Loretta fixa droit devant elle.

Je démarrai.

Nous allâmes chez moi.

Pendant près d’une heure, ma mère ne parla presque pas. Elle s’assit à la table de ma cuisine avec la lettre de Michael devant elle. Elle ne la lisait plus. Elle passait simplement le pouce sur le pli central.

Finalement, je demandai :

« Tu veux savoir ce qu’Elaine a à voir avec papa ? »

« Oui. »

« Même si la réponse implique Benedict ? »

Ses yeux se levèrent vers moi.

« Surtout si elle l’implique. »

J’appelai un avocat que je connaissais professionnellement. Il nous conseilla de photographier tous les documents, de conserver les originaux séparément et de contacter la police si nous pensions que les éléments contenaient des preuves de crimes.

Nous suivîmes ses conseils.

Puis je commençai à chercher Elaine Mercer.

Le nom était trop courant pour être utile.

Le numéro de dossier inscrit par mon père ne correspondait à rien de public. Les sociétés mentionnées dans ses carnets avaient été dissoutes ou renommées. Beaucoup partageaient les mêmes adresses postales.

Après deux heures, je trouvai cependant une ancienne archive locale.

Une photographie datant de dix-sept ans.

Une réception caritative.

Daniel Mercer se tenait au centre.

À sa droite : Benedict.

À sa gauche : Elaine.

Sous l’image, la légende identifiait Elaine Mercer comme directrice financière de Mercer Development.

Je zoomai.

La ressemblance que j’avais remarquée dans le dossier apparut plus clairement.

Pas avec moi.

Avec quelqu’un d’autre.

« Maman. »

Loretta s’approcha.

Je tournai l’écran vers elle.

Son visage se figea.

« Marianne. »

« Qui ? »

Ma mère recula d’un pas.

« Je ne sais pas. »

« Tu viens de dire son prénom. »

« Je me suis trompée. »

« Non. »

Je la suivis dans le salon.

« Qui est Marianne ? »

Loretta resta longtemps silencieuse.

Puis elle s’assit.

« Une femme que ton père connaissait. »

« Une collègue ? »

« C’est ce qu’il disait. »

Sa voix contenait cette prudence particulière que j’avais appris à reconnaître : elle choisissait ce qu’elle pouvait supporter de dire.

« Tu pensais qu’ils avaient une liaison. »

Elle hocha très légèrement la tête.

Cela me surprit moins que je ne l’aurais cru.

« Est-ce qu’ils en avaient une ? »

« Michael a toujours juré que non. »

« Et tu le croyais ? »

« Certains jours. »

Elle regarda de nouveau la photographie d’Elaine.

« Marianne venait parfois à la maison quand tu étais petite. Pas souvent. Elle était plus jeune que moi. Très élégante. Elle travaillait avec Daniel. Puis elle a disparu de notre vie. »

« Elle ressemblait à Elaine ? »

« Beaucoup. »

Nous cherchâmes Marianne.

Le résultat arriva presque immédiatement.

Marianne Mercer.

Épouse de Daniel Mercer.

Décédée onze ans plus tôt dans un accident de voiture.

Je sentis mon cœur accélérer.

Elaine n’était donc pas Marianne.

Mais elles portaient le même nom.

Nous trouvâmes un article plus ancien.

Elaine Mercer était la sœur cadette de Daniel.

Marianne était sa femme.

« Ils appartenaient tous à la même famille », murmurai-je.

Loretta se couvrit le front d’une main.

« Michael connaissait chacun d’eux. »

Je rouvris le carnet de mon père.

Cette fois, les initiales prirent un autre sens.

D.M. pouvait être Daniel Mercer.

E.M., Elaine.

M.M., Marianne.

Et plusieurs pages contenaient les trois.

Vers dix-huit heures, Benedict m’appela.

Je laissai sonner.

Il rappela.

Puis une troisième fois.

Loretta dit :

« Réponds. »

Je mis le haut-parleur.

« Quoi ? »

Sa voix semblait différente.

Pressée.

« Vous êtes où ? »

« Ça ne vous regarde plus. »

« Claire, écoute-moi. Quelqu’un est entré chez moi. »

Je regardai ma mère.

« Qu’est-ce qui a été pris ? »

« Rien que je puisse voir. »

« Alors pourquoi pensez-vous que quelqu’un est entré ? »

« Parce qu’il y avait une photo posée sur mon lit. »

Je ne répondis pas.

Benedict poursuivit :

« Une photo de toi. Prise aujourd’hui devant la gare. »

Loretta se leva.

« Ils nous ont suivis. »

« Oui. »

« Qui ? »

« Je ne sais pas encore. Mais ce n’est plus une histoire vieille de neuf ans. Quelqu’un agit maintenant. »

Je regardai par la fenêtre.

La rue semblait normale.

Une femme promenait un chien.

Un adolescent faisait du vélo.

Une camionnette blanche était garée près de l’intersection.

Elle aurait pu être là depuis dix minutes ou trois heures.

« Claire », dit Benedict. « Tu dois me croire sur une chose. »

« Laquelle ? »

« Si Vane sait que tu as ouvert la consigne, il ne cherchera pas seulement les documents. Il cherchera Elaine. »

« Pourquoi ? »

Il hésita.

« Parce qu’elle sait où Michael est allé après sa disparition. »

Loretta s’agrippa au dossier d’une chaise.

Je cessai de respirer.

« Vous m’avez dit que personne ne savait où se trouvait mon père. »

« Moi, je ne le sais pas. Elaine, oui. »

« Alors trouvez-la. »

Un silence.

« J’essaie depuis huit ans. »

« Vous m’avez dit qu’elle avait disparu du réseau. »

« C’est vrai. »

« Quelqu’un peut forcément savoir où elle est. »

Benedict expira lentement.

« Victor le sait peut-être. »

« Qui est Victor ? »

Cette fois, ma mère réagit avant Benedict.

Elle se retourna si brusquement que sa chaise racla le sol.

« Victor Hale ? »

Benedict ne répondit pas tout de suite.

Loretta approcha du téléphone.

« Dis-moi que tu ne parles pas de Victor Hale. »

« Si. »

Je regardai ma mère.

« Qui est-ce ? »

Elle semblait terrifiée.

« Un homme que ton père disait mort. »

Cette phrase aurait déjà suffi.

Mais Benedict ajouta :

« Michael n’était pas le seul homme à disparaître quand le réseau de Vane a commencé à s’effondrer. Victor a disparu six mois avant lui. »

« Et il est vivant ? »

« Oui. »

« Comment le savez-vous ? »

« Parce que j’ai reçu une lettre de lui l’année dernière. »

Je frappai la table du plat de la main.

« Vous avez combien de secrets de ce genre ? »

Il ne protesta pas.

« Trop. »

« Où est Victor ? »

« Je ne sais pas exactement. Mais je connais la personne qui lui transmet des messages. »

Loretta se rapprocha.

« Qui ? »

Benedict répondit :

« Une ancienne secrétaire de Daniel. Helen Price. »

Le nom ne disait rien.

Puis ma mère pâlit.

« Helen habite encore à Saint Alden. »

« Oui. »

Je pris mes clés.

« Donne-moi son adresse. »

« Claire, attends. »

« Non. Plus personne ne va me demander d’attendre. »

Loretta attrapa son sac.

Benedict protesta encore.

Nous raccrochâmes.

Helen Price habitait à vingt minutes, dans une petite maison près de l’ancien quartier industriel.

Lorsque nous arrivâmes, la nuit tombait.

Aucune lumière n’était allumée.

Je frappai.

Pas de réponse.

Je frappai encore.

La porte s’ouvrit de quelques centimètres.

Une femme d’environ soixante-dix ans nous observa derrière la chaîne de sécurité.

« Oui ? »

Je prononçai le nom de mon père.

Ses yeux changèrent immédiatement.

« Michael ? »

Loretta s’avança.

« Je suis sa femme. »

Helen nous regarda toutes les deux.

Puis elle murmura :

« Vous n’auriez jamais dû venir ici. »

Elle voulut fermer.

Je bloquai doucement la porte avec ma main.

« Elaine Mercer. Nous devons la trouver. »

Helen devint blanche.

« Qui vous a donné ce nom ? »

« Benedict. »

Elle jura à voix basse.

Puis elle retira la chaîne.

« Entrez. Vite. »

À l’intérieur, les rideaux étaient tirés.

Helen verrouilla la porte derrière nous.

« Benedict n’aurait jamais dû vous mêler à ça. »

Loretta eut un rire sans joie.

« Je crois que tout le monde m’a déjà mêlée à ça sans demander mon avis. »

Helen la regarda longuement.

Puis elle se tourna vers moi.

« Vous êtes Claire. »

« Comment connaissez-vous mon prénom ? »

« Victor parle de vous. »

Mon cœur se serra.

« Victor est vivant ? »

« Oui. »

« Il sait où est mon père ? »

Elle hésita.

Loretta s’approcha.

« S’il vous plaît. »

Helen ferma les yeux.

« Il savait où Michael se trouvait il y a encore deux ans. »

J’eus l’impression de ne plus sentir mes jambes.

« Et Elaine ? »

Helen ouvrit un tiroir.

Elle en sortit un petit téléphone ancien.

« Elaine ne veut être trouvée par personne. Ni Daniel. Ni Benedict. Surtout pas Vane. »

« Mais vous savez où elle est. »

Helen me regarda.

« Oui. »

Au même instant, les phares d’une voiture balayèrent les rideaux fermés.

Helen éteignit immédiatement la lampe.

« Ne bougez plus. »

Le moteur s’arrêta devant la maison.

Loretta saisit ma main.

Une portière claqua.

Puis une deuxième.

Helen recula vers le couloir.

« Trop tard. »

« Qui est-ce ? » murmurai-je.

Elle regarda le téléphone qu’elle tenait encore.

« Si ce sont les hommes de Vane, ils ne sont pas venus pour moi. »

Quelqu’un frappa trois fois à la porte.

Helen fixa ma mère, puis moi.

« Ils sont venus parce qu’ils savent que vous cherchez Michael. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Derrière la porte d’Helen, les visiteurs inattendus apportèrent un avertissement qui prouva que quelqu’un surveillait chacun de nos mouvements depuis des mois

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Le nouvel homme dans la vie de ma mère connaissait mon père disparu, alors qu’elle jurait ne les avoir jamais présentés

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