PARTIE 14 – La disparition d’Elaine et Benedict transforma le piège de Vane en course contre Victor, tandis que Daniel révélait enfin ce qu’il avait trahi

Le commissariat de Saint Alden avait été plongé dans le chaos avant même notre retour.

Elaine et Benedict avaient été placés dans deux salles différentes.

À vingt et une heures quatorze, une alarme incendie s’était déclenchée dans l’aile arrière.

Un transformateur extérieur avait été saboté presque au même moment.

Les lumières avaient sauté.

Les caméras internes avaient cessé d’enregistrer pendant sept minutes.

Lorsque le courant de secours s’était activé, Elaine et Benedict avaient disparu.

Un agent de surveillance avait été retrouvé inconscient dans le couloir, une blessure au crâne.

La première hypothèse fut évidente.

Benedict avait aidé Elaine à partir.

Puis nous reçûmes une photographie.

Elaine attachée sur une chaise.

Benedict à genoux derrière elle.

Il avait une arme pointée contre la nuque.

Le doute disparut.

Ils avaient été pris.

Michael fixa l’image.

« Vane avait quelqu’un à l’intérieur. »

L’enquêteur ne protesta pas.

« Ou quelqu’un capable d’y entrer avec des identifiants valides. »

Je regardai Benedict sur la photo.

« Il savait que le réseau était infiltré. »

Michael acquiesça.

« Il le savait depuis des années. »

Loretta s’assit.

La fatigue semblait enfin la rattraper.

En moins de deux jours, elle avait retrouvé son fils disparu, son mari disparu, découvert les mensonges de l’homme qu’elle croyait aimer et appris qu’un homme qu’elle n’avait jamais rencontré avait organisé une grande partie de sa vie depuis l’ombre.

Pourtant, lorsqu’un enquêteur suggéra qu’elle quitte Saint Alden sous protection, elle répondit seulement :

« Après. »

Le téléphone de Michael sonna de nouveau.

Cette fois, Vane n’utilisa pas de photographie.

Il donna une adresse.

La vieille conserverie près de la jetée sud.

Minuit.

« Michael vient seul. »

L’appel s’arrêta.

Benedict avait mentionné cet endroit autrefois comme propriété masquée derrière plusieurs sociétés.

Michael regarda l’horloge.

Vingt-deux heures vingt.

« Il veut le dossier d’Arthur. »

« Il veut aussi Victor », dit Marcus.

Mon père acquiesça.

« Et il pense peut-être que je sais où il est. »

L’enquêteur refusa catégoriquement que Michael se rende seul à la conserverie.

Michael répondit :

« Il s’attend à ce que vous refusiez. »

« Et il s’attend aussi à ce que vous fassiez quelque chose de stupide. »

« Probablement. »

Je regardai mon père.

Cela aussi m’était familier.

Cette manière de transformer la peur en décision solitaire.

« Tu ne pars pas sans nous dire le plan. »

Il me regarda.

Je répétai :

« Plus jamais. »

Quelque chose changea dans son expression.

Puis il hocha la tête.

« D’accord. »

Ce fut peut-être le premier vrai choix qu’il nous rendit.

Un plan fut élaboré.

Michael contacterait Vane et accepterait.

Les policiers placeraient un traceur sur lui et plusieurs unités prendraient position autour de la conserverie.

Marcus, Loretta et moi resterions au poste de commandement improvisé.

Cette partie du plan ne dura pas longtemps.

Un message arriva sur le téléphone de Marcus.

Numéro inconnu.

Une seule phrase.

TON PÈRE NE SAIT PAS TOUT. DEMANDE-LUI CE QU’IL A FAIT À DANIEL.

Marcus montra l’écran.

Michael pâlit.

Je le vis.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Il hésita.

Loretta se leva.

« Michael. »

« Daniel m’a aidé à partir. »

« On sait. »

« Pas seulement. »

Il s’assit.

Des années plus tôt, après la mort de Marianne, Daniel avait commencé à craindre Vane autant que les autres.

Il avait fourni à Michael des documents permettant de localiser certains comptes.

En échange, Michael lui avait promis une protection si l’enquête aboutissait.

Mais lorsque Michael comprit que Vane avait trouvé sa trace, il changea de plan.

Il disparut sans prévenir Daniel.

« Tu l’as laissé derrière. »

Michael acquiesça.

« Oui. »

« Et Vane l’a découvert. »

« Quelques semaines plus tard. »

Daniel avait été torturé.

Pas pour savoir où était Michael.

Pour savoir où était Victor.

Il n’avait pas parlé.

Mais quelqu’un d’autre avait fourni assez d’informations pour que Victor doive lui aussi disparaître.

« Benedict ? » demandai-je.

Michael secoua la tête.

« Non. »

« Qui ? »

Il regarda Elaine sur la photographie.

« Son père. »

« Arthur Mercer était encore vivant ? »

« Oui. »

Elaine nous avait laissé croire que son père appartenait uniquement à une génération précédente du système.

En réalité, Arthur avait survécu plusieurs années après la mort de Marianne.

Lorsque Daniel avait voulu démanteler une partie du réseau, Arthur avait choisi Vane.

Son propre fils contre l’entreprise.

« Elaine savait ? »

« Je ne pense pas. »

Le téléphone de Marcus vibra encore.

Une photographie cette fois.

Daniel.

Assis dans une pièce sombre.

Visage marqué.

Mais vivant.

Sous l’image :

DEMANDE-LUI QUI A OUVERT LA PORTE À VANE.

Michael fixa l’écran.

« Ce n’était pas Arthur. »

Nous attendîmes.

« C’était moi. »

Loretta ferma les yeux.

Mon père expliqua.

La nuit où Victor avait prévu de quitter Saint Alden avec une partie des preuves, Michael avait paniqué.

Vane venait de faire surveiller notre maison.

Il avait menacé Claire.

Moi.

Michael avait donc donné à Vane une fausse adresse de Victor pour gagner du temps.

Mais l’homme chargé de transmettre l’information avait découvert la véritable cache à proximité.

L’opération de Vane avait failli tuer Victor.

« Tu l’as trahi. »

« Sans le vouloir. »

Marcus se leva.

« Ça ne change pas ce qui est arrivé. »

« Non. »

Michael ne chercha pas à se défendre.

« C’est pour ça que Victor ne m’a jamais complètement pardonné. »

Je commençais enfin à comprendre pourquoi les relations entre eux étaient faites de messages indirects, de caches séparées et de confiance partielle.

Ils s’étaient sauvés.

Ils s’étaient trahis.

Par peur.

Par lâcheté.

Par amour.

Parfois tout cela en même temps.

À vingt-trois heures cinq, un nouveau message arriva.

Cette fois destiné à Michael.

UNE HEURE.

Puis :

VIENS AVEC LE DOSSIER D’ARTHUR ET LA CLÉ 42.

Marcus regarda son père.

« La clé est à moi. »

Michael répondit :

« C’est justement pour ça qu’il la veut. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’il pense que Victor t’a donné autre chose avec. »

Marcus sortit lentement la clé de sa poche.

« Il m’a seulement donné ça et le message. »

Michael la prit.

Il observa le petit morceau de métal.

Puis son regard changea.

« Non. »

« Quoi ? »

« Victor ne choisissait jamais ses clés au hasard. »

Il examina l’anneau.

Une petite pièce de plastique noir y était fixée.

Banalement.

Comme une étiquette.

Michael la tordit entre ses doigts.

Elle s’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une minuscule carte mémoire.

Marcus jura à voix basse.

Nous la plaçâmes dans un ordinateur sécurisé.

Un seul fichier.

Vidéo.

Victor apparut.

Beaucoup plus vieux que sur les photographies.

Une cicatrice traversait sa joue.

« Marcus, si tu regardes ceci, c’est que Vane est assez proche pour que la clé ne soit plus sûre. »

Il regardait directement la caméra.

« Le registre n’est pas à la carrière. Il ne l’a jamais été. Vane le croit parce que Daniel et moi avons passé vingt ans à entretenir cette idée. »

Elaine n’était donc pas la seule à avoir gardé une partie du plan.

Victor poursuivit :

« Il existe trois copies importantes. Une chez Elaine. Une donnée autrefois à Michael. Et l’original. »

Il marqua une pause.

« L’original est là où Vane ne le cherchera jamais parce qu’il pense avoir détruit cet endroit depuis longtemps. »

Une image apparut.

La conserverie.

La même où Vane venait de donner rendez-vous.

Michael se leva brutalement.

« Mon Dieu. »

Victor avait caché le registre sous le bâtiment même que Vane contrôlait ensuite.

Dans l’ancien tunnel de maintenance accessible uniquement à marée basse.

« Il utilise la conserverie pour l’échange parce qu’il pense la connaître », dit Michael.

L’enquêteur regarda l’horloge.

La marée serait basse vers vingt-trois heures quarante.

Victor avait laissé des indications précises.

Une conduite rouillée.

Troisième alcôve.

Mur creux.

L’original pouvait encore être là.

Je compris immédiatement.

« Si on le récupère avant Vane… »

« On enlève la seule chose qu’il cherche depuis trente ans. »

Michael secoua la tête.

« Ou on lui donne une raison de tuer tout le monde immédiatement. »

Le téléphone sonna.

Vane.

Michael décrocha.

« Je viens. »

« Bien. »

Puis une autre voix se fit entendre derrière lui.

Daniel.

« Michael, n’apporte rien. »

Un coup.

Un cri.

Vane reprit.

« Minuit. Pas une minute de retard. »

L’appel coupa.

L’enquêteur prit une décision.

Une équipe entrerait par le tunnel de maintenance au moment où Michael approcherait par l’entrée principale.

Deux opérations simultanées.

Sauver les otages.

Récupérer le registre.

Marcus se leva.

« Je connais le tunnel. »

Tout le monde le regarda.

« Je m’en souviens. Papa m’y avait emmené avant ma disparition. »

Michael pâlit.

« Non. »

Marcus le fixa.

« Tu m’as déjà perdu une fois en décidant seul ce qui était bon pour moi. Tu ne le referas pas. »

Le silence tomba.

Michael regarda son fils.

Puis, lentement, il acquiesça.

« D’accord. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 15 : Sous la conserverie, Marcus retrouva le registre que Vane cherchait depuis trente ans, tandis que Michael affrontait enfin l’homme qui avait détruit notre famille

Story Parts

Le nouvel homme dans la vie de ma mère connaissait mon père disparu, alors qu’elle jurait ne les avoir jamais présentés

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