PARTIE 12 – La vérité sur la mort de Marianne força Daniel à choisir entre Victor et Vane, tandis que Marcus retrouvait enfin une trace directe de notre père

L’enquêteur voulut séparer tout le monde.

Daniel était désormais un otage potentiel.

Victor devenait la cible principale.

Marcus, selon le message de Victor, était lui aussi en danger.

Nous fûmes conduits dans une salle sécurisée au commissariat principal de Saint Alden.

Loretta refusa de rentrer chez elle.

« Ma maison est surveillée depuis des mois. Je préfère rester ici. »

Personne ne discuta.

Elaine passa près d’une heure avec les enquêteurs.

Lorsqu’elle revint, elle tenait un vieux dossier.

« Marianne. »

Loretta releva les yeux.

Elaine s’assit.

« Vous devez comprendre pourquoi Daniel peut céder. »

Marianne n’était pas seulement son épouse.

Elle avait aussi été la première personne de la famille Mercer à comprendre exactement ce que Vane faisait.

Elle avait découvert les paiements liés aux intimidations.

Puis ceux liés à des disparitions.

Elle avait commencé à copier les dossiers.

Victor l’avait aidée.

Michael aussi.

« Daniel savait ? »

« Pas au début. »

Marianne avait peur de lui dire.

Daniel travaillait encore trop étroitement avec Vane.

Elle ignorait s’il choisirait son épouse ou sa propre survie.

Puis, quelques semaines avant sa mort, Daniel découvrit une partie des copies.

Ils s’étaient disputés.

Marianne menaça de partir.

Le lendemain, sa voiture quitta la route.

Accident.

C’est ce qu’avait conclu l’enquête.

« Mais ce n’était pas un accident », dis-je.

Elaine secoua la tête.

« Victor a trouvé plus tard un paiement effectué à un mécanicien. »

Le véhicule de Marianne avait été saboté.

Le paiement provenait d’une société liée à Vane.

Mais il manquait la preuve reliant directement Charles Vane à l’ordre.

« Daniel pense que le registre contient cette preuve. »

« Et Vane lui fait croire qu’il possède autre chose. »

« Exactement. »

Benedict se leva.

« Si Vane lui promet de lui montrer qui a tué Marianne en échange de Victor, Daniel peut craquer. »

Loretta le regarda froidement.

« Tu parles comme si tu connaissais bien sa faiblesse. »

Benedict encaissa.

« Je la connais. »

Un silence.

Puis Marcus demanda :

« Est-ce que mon père savait pour Marianne ? »

Elaine acquiesça.

« Oui. »

« Est-ce qu’il était là quand elle est morte ? »

« Non. »

Marcus sembla soulagé, mais seulement un peu.

Je compris alors qu’il essayait lui aussi de reconstruire l’image de Michael.

Pour moi, c’était le père qui avait disparu.

Pour lui, c’était le père qui avait passé des années à le chercher sans jamais réussir à le retrouver.

Nous portions deux abandons différents.

En début de soirée, un appel arriva.

Le téléphone jetable d’Elaine.

Même numéro que celui utilisé pour envoyer la photographie de Benedict.

L’enquêteur fit enregistrer l’appel.

Elaine décrocha.

« Oui. »

La voix d’un homme répondit.

Calme.

Polie.

« Elaine. Cela fait longtemps. »

Son visage se ferma.

Charles Vane.

« Où est Daniel ? »

« Vivant. Pour l’instant. »

« Et Benedict ? »

« Vous l’avez déjà récupéré. Je vous ai laissé ce petit geste de bonne volonté. »

Benedict serra les mâchoires.

Vane continua.

« Maintenant, j’aimerais parler à Marcus. »

Tous les regards se tournèrent vers mon frère.

Elaine répondit :

« Non. »

« Ce n’est pas à vous de décider. Ça n’a jamais été votre spécialité. »

Marcus tendit la main.

Il voulait le téléphone.

L’enquêteur secoua la tête.

Marcus insista.

« Il me cherche depuis que j’ai douze ans. J’aimerais enfin savoir pourquoi. »

Après quelques secondes, l’enquêteur accepta.

Marcus prit l’appareil.

« C’est moi. »

Un silence.

Puis Vane eut un petit rire.

« Michael. »

Le visage de mon frère se durcit.

« Marcus. »

« Ils t’ont bien dressé. »

« Vous m’avez volé ma famille. »

Vane ne nia pas.

« Ton père m’avait volé autre chose. »

« Quoi ? »

« Un document. »

Marcus regarda Elaine.

« Le registre ? »

« Non. Avant le registre. »

Nous nous figeâmes.

Vane poursuivit.

« Ton père avait découvert quelque chose dans les archives de Mercer. Il t’avait emmené avec lui un samedi. Tu avais vu où il avait caché le dossier. »

Marcus fronça les sourcils.

« Je ne me souviens pas. »

« J’ai passé des années à te poser cette question. »

Je repensai à l’oncle Charles.

Aux visites.

Aux cadeaux.

Il ne cherchait pas seulement à vérifier si Marcus se souvenait de sa famille.

Il cherchait un emplacement.

« Quel dossier ? » demanda Marcus.

Vane resta silencieux une seconde.

« Celui qui prouve que tout a commencé avant moi. »

Elaine pâlit.

Benedict aussi.

« Qu’est-ce qu’il veut dire ? » demandai-je.

Vane nous entendit.

« Claire. Toujours curieuse. Comme ton père. »

Je ressentis un froid immédiat.

« Vous me surveillez depuis combien de temps ? »

« Assez longtemps. »

« Où est mon père ? »

Cette fois, le silence dura plus longtemps.

Puis Vane répondit :

« Plus près que tu ne le crois. »

Loretta se leva.

« Michael est avec vous ? »

Vane rit doucement.

« Non, Loretta. Votre mari ne m’a jamais rendu les choses aussi faciles. »

Ma mère ferma les yeux.

Il était donc probablement encore libre.

Vivant.

Vane revint à Marcus.

« Je veux le dossier. »

« Je ne sais pas où il est. »

« Alors souviens-toi. »

« Et si je ne peux pas ? »

« Daniel mourra d’abord. Puis Victor. Puis je recommencerai à regarder votre famille comme autrefois. »

L’appel s’interrompit.

Marcus posa le téléphone.

Ses mains tremblaient.

« Un dossier avant le registre », murmura Elaine.

Benedict semblait réfléchir.

« Il y avait bien quelque chose. »

Nous le regardâmes.

« Quoi ? »

Il parla lentement.

Bien avant les fraudes immobilières, Mercer Development avait travaillé sur des acquisitions de terrains près de la côte.

Plusieurs propriétaires avaient refusé de vendre.

Puis certains avaient changé d’avis brutalement.

D’autres avaient disparu.

À l’époque, Charles Vane n’était encore qu’un conseiller juridique parmi d’autres.

« Alors qui dirigeait ? »

Benedict secoua la tête.

« Je n’en sais rien. »

Marcus ferma les yeux.

« Le casier 18. »

Je me tournai vers lui.

« Quoi ? »

« Je me souviens d’autre chose. »

Sa voix changea.

Plus lente.

Plus lointaine.

« Papa m’avait emmené au bureau un samedi. Il m’avait donné une enveloppe. Il avait dit que c’était un jeu. Je devais la cacher là où personne ne la trouverait. »

« Dans le casier ? »

« Non. »

Il posa les mains sur ses tempes.

« Derrière les casiers. »

Nous étions déjà allés dans le sous-sol.

Mais nous avions seulement trouvé le compartiment derrière le casier 18.

Marcus secoua la tête.

« Pas celui-là. Plus loin. Il y avait une conduite rouge. »

L’enquêteur fit immédiatement envoyer une équipe.

Nous attendîmes près d’une heure.

Puis son téléphone sonna.

Il écouta.

Son expression changea.

« Ils ont trouvé quelque chose. »

Derrière une ancienne conduite incendie, un panneau métallique avait été fixé au mur.

À l’intérieur se trouvait une enveloppe étanche.

Des documents anciens.

Une photographie.

Et une lettre.

Adressée à Michael Junior.

Marcus resta immobile lorsque l’enquêteur la posa devant lui.

« Tu veux que je la lise ? » demandai-je.

Il secoua la tête.

Il ouvrit lui-même.

L’écriture appartenait à notre père.

Mon fils,

si tu trouves cette lettre, c’est que je n’ai pas réussi à te protéger comme je le croyais.

Marcus s’arrêta.

Ses yeux se remplirent de larmes.

Il reprit.

La lettre expliquait que Michael avait découvert, avant même l’enlèvement, que certains paiements liés aux acquisitions de terrains provenaient d’une société antérieure au réseau de Vane.

Une société contrôlée par quelqu’un de la famille Mercer.

Pas Daniel.

Son père.

Arthur Mercer.

Elaine devint blanche.

« Mon père ? »

Elle prit l’un des documents.

Arthur Mercer avait fondé l’entreprise.

Charles Vane n’avait pas créé le système.

Il l’avait hérité, développé et rendu plus violent.

Le registre pouvait détruire Vane.

Mais le dossier caché par Michael pouvait prouver que la corruption remontait encore plus loin.

Et plusieurs personnes aujourd’hui considérées comme victimes ou témoins pouvaient avoir été impliquées à l’origine.

Marcus continua de lire.

Puis il s’arrêta.

« Il y a une adresse. »

Loretta se pencha.

La lettre se terminait par une instruction.

Si tu es adulte quand tu lis ceci et que je suis encore vivant, cherche-moi à l’endroit où ta mère et moi avons passé notre première nuit après notre mariage. Je retournerai toujours là quand je n’aurai plus aucun autre endroit sûr.

Ma mère porta une main à sa bouche.

« Je sais où c’est. »

« Où ? »

Elle me regarda.

« Une petite auberge près du lac Marrow. »

L’enquêteur se leva.

« Depuis combien de temps est-elle fermée ? »

Loretta secoua la tête.

« Je ne sais pas. »

Marcus replia la lettre.

« S’il a écrit qu’il retournerait là… »

Je terminai pour lui.

« Papa peut encore y être. »

Pour la première fois depuis neuf ans, nous avions une adresse choisie par Michael lui-même.

Pas une rumeur.

Pas une piste indirecte.

Pas une photographie anonyme.

Une destination.

Et mon père avait laissé cette destination à son fils disparu bien avant de savoir s’il le reverrait un jour.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : L’auberge du lac Marrow nous rendit enfin Michael, mais les neuf années de silence avaient transformé les retrouvailles en confrontation

Story Parts

Le nouvel homme dans la vie de ma mère connaissait mon père disparu, alors qu’elle jurait ne les avoir jamais présentés

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